Dès lâge du fer, un oppidum, lieu de rassemblement plutôt que dhabitation, est établi sur la falaise orientale, au-dessus du hameau de Puys ; il sera détruit par les invasions barbares des IIIe et IVe siècles.
Commencée à lépoque normande (XIIe siècle), la construction de léglise Saint Jacques, située sur la route de Compostelle pour les pèlerins venus du nord de lEurope, se poursuit jusquau milieu du XVIe siècle. Ainsi, lédifice porte les traces des différentes phases de lart gothique en France, mais aussi des échanges architecturaux avec lAngleterre (voûtes plates, " perpendiculary style " au niveau de la tour des cloches). Les caves de Dieppe, voûtées de pierre, témoignent également de la cité médiévale aujourdhui disparue, peut-être munie de remparts dès le XIIe siècle. Pendant la guerre de cent ans, Dieppe se dote de fortifications en silex et grès, munies de sept portes et reliées à un château-fort sur la falaise ouest, siège du pouvoir royal. De cette enceinte subsistent la tour aux crabes à lentrée du port, et lune des portes, " Les Tourelles ", utilisée comme prison au XIXe siècle.
Avec larmateur Jehan Ango, qui enrichit considérablement la ville grâce au commerce, aux voyages de découverte et à lactivité de ses corsaires, Dieppe devient au XVIe siècle lun des premiers ports de France. Alors quon achève le chur de léglise Saint Jacques en lornant de clés pendantes, de motifs sculptés de la première Renaissance française, et dune frise représentant les peuples " sauvages ", on élève également le chur dune nouvelle église : Saint-Rémy. Les travaux seront interrompus pendant près dun demi siècle par les guerres de religions, dune grande violence dans la cité.
La prospérité de Dieppe perdure jusquà la fin du XVIIe siècle, et on construit encore à cette époque de belles demeures à colombages, telle la " maison Miffant " rue dEcosse. Dès 1605, lédification de Saint Rémy reprend, mais dans un style nouveau : la multiplication des chapelles dans la nef, et la façade, où les citations darchitecture antique sont nombreuses (pilastres, frontons, superposition des ordres), attestent de linfluence des édifices de la Contre-Réforme, dont le modèle est léglise du Gesù à Rome. En 1694, Dieppe, déjà éprouvée par la révocation de lEdit de Nantes et le départ de nombreux protestants, est en grande partie détruite lors du bombardement de la cité par une flotte anglo-hollandaise. Louis XIV ordonne à Vauban de reconstruire la ville au plus vite, en respectant les normes de lurbanisme moderne. Sur place, Monsieur de Ventabren, chargé de la mise en uvre, emploie des matériaux locaux (brique blanche, dite " de vase ", grès de Varengeville, tuiles) et impose un modèle de façade : rez-de-chaussée sous arcade, un étage dhabitation, et un second niveau sous les combles, ponctué par une lucarne. Ces maisons seront remaniées par les habitants, qui dans de nombreux cas, dès le XVIIIe siècle, comblent larcade, créant un premier niveau quils agrémentent dun garde-corps en fer forgé.. Dans quelques lieux choisis (arcades de la Bourse et de la Poissonnerie, ), deux niveaux dhabitation en façade sont liés par un ordre colossal. Enfin, des sites majeurs se démarquent : lAmirauté place du Puits salé, en pierre, ou lhôtel dAnvers quai Henri IV sinspirent de larchitecture des hôtels particuliers.
Sous limpulsion des anglais puis de la Duchesse de Berry, Dieppe devient au XIXe siècle une station balnéaire fort réputée. Trois casinos se succèdent sur le front de mer : néo-classique (1822-1857), en fonte et verre (1857-1886), "mauresque " (1886-1925). Un théâtre à litalienne est construit dès 1826 pour la Duchesse ; il sera remanié en 1900. On aménage aussi lespace des pelouses (1853), la promenade face à la mer, et des " palaces " comme le Castel Royal sinstallent à lemplacement des anciennes fortifications. Cest également lépoque où de nombreux anglais sinstallent à louest de la cité, construisant des demeures de briques rouges, très proches de celles du sud de lAngleterre. Enfin, le XIXe siècle voit une forte industrialisation du port de Dieppe, entraînant la construction de trois bassins (Bérigny, de Paris, du Canada) et le creusement dun chenal qui coupe en deux le quartier du Pollet. Certains de ses habitants, trop pauvres pour reconstruire leurs maisons, sinstallent alors dans les excavations des falaises, les Gobes et ce jusquen 1945.
Dieppe, des années 1920 à 1950, est marqué par la personnalité de Georges Feray. Oscillant entre modernisme et classicisme, marqué par lArt déco, le Mouvement moderne, mais aussi larchitecture régionaliste (faux pans de bois), Feray bâti nombre de maisons, dimmeubles, mais aussi léglise du Sacré-Cur et lécole Jules Ferry dans le quartier de Janval, des bâtiments industriels (quincaillerie Leveau)...Le front de mer est doté dun casino Art déco en 1925. Lensemble est reconstruit après guerre, de lourds dommages étant dus au raid anglo-canadien du 19 août 1942 qui fît près de mille victimes parmi les alliés. Le centre ancien fait actuellement lobjet dun ensemble de réhabilitations, notamment autour du quai Henri IV et de léglise Saint Rémy. |
|