Le néolithique est représenté en Clos du Cotentin par les dolmens de Rocheville, commune détachée de Bricquebec au XIXe siècle. A Négreville, ainsi qu’à Rauville-la-Place, subsistent des menhirs dits localement "pierres levées". Ces monuments mégalithiques ont contribué à inspirer légendes et traditions orales de la région.

 


Après une brève résistance militaire, le Cotentin cède à l’introduction de la "Paix Romaine". A partir du règne de l’empereur Claude, Valognes (Alauna) prend le rang de capitale régionale. Tandis que le théâtre, connu par des relevés des XVIIe et XVIIIe siècles, ne présente plus qu’un monticule de terre, les thermes subsistent sur une bonne partie de leur élévation. Ils constituent le principal site antique du département de la Manche.

 


Les invasions vikings marquent une rupture brutale. Mais l'arrivée des northmen correspond aussi à un apport culturel qui déterminera une renaissance vigoureuse. La toponymie y reflète la densité des installations de colons scandinaves. Le nom de Bricquebec (de bekkr , cours d’eau, précédé de brekka, colline) en est représentatif.
L’établissement du vicomte Néel à Saint-Sauveur, comme celui des Bertran, à Bricquebec, résulte d’une politique ducale de découpage des territoires nouvellement conquis au profit des grands féodaux. Les ducs se réservent cependant d’importants domaines et établissent en Cotentin leurs propres résidences. La "curtis" de Valognes, dont Guillaume le Conquérant, menacé, dû s’échapper en 1047, constituait une retraite de chasse appréciée. L’abbaye bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, fondée vers 1080, ainsi que le château de Bricquebec et de nombreuses églises rurales, conservent d’importants éléments datant de l'époque romane.
La conquête de la Normandie en 1204 fut suivie d’une politique propre à ménager le sentiment "national" des normands. Le voyage de Louis IX, qui séjourna à Valognes, coïncide avec une période de prospérité.
La Guerre de Cent ans devait toucher de plein-fouet le Clos du Cotentin. Le débarquement d’Edouard III en 1346 se fait non loin de Valognes, où est bientôt signé un traité consacrant l'octroi d'une partie de la Normandie à Charles de Navarre. Investi par Charles V, le château de Bricquebec sert de point d’appui provisoire pour la reconquête de la presqu’île. En 1375, le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, légué au roi d'Angleterre par Geoffroy d'Harcourt, fait l’enjeu de l’un des premiers sièges d’artillerie de notre histoire militaire. L’aspect actuel
de cette imposante forteresse résulte essentiellement des travaux de fortifications qui y sont exécutés au XIV
e siècle.

 


Après 1450, le Clos du Cotentin s’ouvre de nouveau à une période prospère. Prenant appui sur une agriculture modernisée, petits et grands seigneurs, bourgeois et paysans aisés, érigent de nouvelles demeures. Pour la noblesse rurale, celle de ces gentilshommes fermiers dont le journal de Gilles de Gouberville offre une image vivante, le XVIe siècle est un âge d’or. L’essor est également apparent dans les bourgs. Le mécénat de Louis de Bourbon et de Jeanne de France, permet la fondation d’un hôtel-Dieu et d’un couvent de cordeliers à Valognes.
A Bricquebec, les d'Estouteville, abandonnant l’ancien château des Bertran, font édifier le château des Galleries. A Saint-Sauveur également, plusieurs maisons ont gardé leur silhouette du XVI
e siècle, avec leur tour d'escalier et leur arrière cour accessible par un passage couvert.

 


Valognes est marqué au XVIIe siècle par une impressionnante floraison de constructions religieuses. L’église paroissiale, dont on achève la tour lanterne par un dôme à l’italienne, est enrichie de nouvelles chapelles. Suivant de peu la création du couvent des Capucins, une communauté de bénédictines s’installe aux portes de la ville et un séminaire est fondé. En vertu d’une ordonnance royale, Valognes se voit aussi doté d’un hôpital Général. Dans le sillage de ces entreprises, les hôtels particuliers se multiplient. Bien qu’à une moindre échelle, Bricquebec et Saint-Sauveur s’enrichissent aussi de quelques hôtels. Beaucoup des anciennes maisons donnant sur l’artère centrale y sont dans le même temps dotées de nouvelles façades.

 


Tandis que la Révolution Française n’avait pas eu un effet très sensible sur le développement des bourgs du Clos du Cotentin, le XIXe siècle apporte en revanche de profondes transformations. Le développement du couchage en herbe se fait aux dépends de l’agriculture vivrière. Il entraîne une baisse des besoins en main-d’œuvre et provoque une hémorragie des populations campagnardes. On voit parallèlement se multiplier les fermes modèles, rompant par leur organisation rationnelle avec les principes de l’architecture rurale traditionnelle. L’un des exemples les plus spectaculaires est celui des bâtiments d’exploitation de l’abbaye de la Trappe, fondée à Bricquebec en 1824.
Dans le domaine urbain, les travaux d'alignement lancés au XVIII
e siècle se poursuivent. L’arrivée du chemin de fer achève de faire entrer le Clos du Cotentin dans de l’ère industrielle.

 


Outre l’évolution générale de la société, l’événement marquant du XXe siècle demeure le débarquement allié de juin 1944. La stratégie américaine de bombardements massifs n’épargne ni Valognes ni Saint-Sauveur-le-Vicomte. Le centre des deux villes est partiellement rasé, entraînant la perte irrémédiable d’une importante quantité de bâtiments anciens. Les travaux de la Reconstruction, menés avec intelligence, jouent volontiers des relations de contraste ou d’harmonie entre des structures neuves, tantôt modernes ou régionalistes, et les vestiges du passé.