Angoulême et le pays de l'Angoumois

Angoulême se développe à l’intérieur de son premier rempart complété au XIIIe siècle par deux nouvelles enceintes. Protégée par ses remparts, la ville l’est également par ses châteaux, le Châtelet (aujourd’hui disparu) et le “château neuf” dont il reste le donjon. En Angoumois, c’est le plein épanouissement de l’art roman. Du XIe siècle ne sont restées que des parties d’édifices reprises au siècle suivant. La nef de l’église de Charmant en est l’exemple le plus intéressant. A côté de la cathédrale dont Girard II entreprend la reconstruction entre 1110 et 1130, les églises paroissiales se multiplient souvent influencées par l’église-mère (Trois-Palis, Linars, Fléac…). Des édifices sont particulièrement remarquables comme les églises à façades à série d’arcatures (Plassac, La Couronne, Dirac) ou aux chevets très ornés (Charmant, Mouthiers…). Le choix de la nef à file de coupoles élu pour la cathédrale est repris sur de petits édifices comme Fléac. La sculpture est partout présente comme à Champniers, La Couronne, Mouthiers… L’église de Saint-Michel d’Entraygues offre la particularité d’un plan centré et d’un tympan où saint Michel terrasse le dragon. Si l’époque gothique apparaît comme moins importante, l’abbaye de La Couronne n’en est pas moins un édifice exceptionnel. Aujourd’hui en ruines, elle témoigne encore de la transition entre art roman et gothique, ainsi que de l’influence des régions voisines comme le Poitou avec le choix de la voûte dite “angevine”. Les ordres mendiants ont contribué à l’implantation du style gothique. Si le couvent des Jacobins d’Angoulême n’est connu que par des fouilles, la chapelle des Cordeliers présente encore ses volumes des XIIIe et XIVe siècles. La construction d’une partie de l’église abbatiale de La Couronne, de l’église Saint-André à Angoulême ou de nombreuses chapelles (Mouthiers, Champniers, Dirac) témoigne d’une période de reprise économique après 1450 qui s’exprime également au travers de l’édification de nombreux châteaux (l’Oisellerie, logis abbatial de La Couronne, château des comtes d’Angoulême).


Montmorillon et le pays montmorillonnais

Sur la rive gauche de la Gartempe, non loin du château qui est démantelé dès le XIVe siècle, l’église Notre-Dame, conserve un très beau chevet. Les peintures “a fresco” relatant la légende de sainte Catherine d’Alexandrie ornent le cul-de-four de la crypte depuis la fin du XIIe siècle. Une Vierge à l’Enfant empreinte de tendresse habite une mandorle. Cette œuvre illustre la transition artistique entre les peintures romanes de Saint-Savin (XIe siècle) et la période gothique (chapelles funéraires de la vallée des fresques). Fondée fin XIe siècle, la Maison-Dieu est un hôpital-monastère destiné à accueillir les pauvres pèlerins puis les malades des environs. La façade de l’église Saint-Laurent exprime la rencontre entre les styles romans limousin et poitevin. Elle est ornée de la frise de l’Enfance du Christ (fin du XIIe siècle). Certains veulent voir dans l’Octogone un édifice inspiré du saint Sépulcre de Jérusalem: construit sur deux niveaux, la chapelle cimétériale surmonte l’ossuaire. Ce monument offre une physionomie extrêmement rare dans le monde roman. Au cours de la guerre de Cent Ans (XIVe et XVe siècles), la Maison-Dieu est fortifiée; seul un vestige des remparts, la tour médiévale, conserve une bretèche. Près du vieux pont (XVe siècle), le quartier pittoresque du Brouard a conservé quelques anciennes maisons à pans-de-bois en encorbellement. Fondée par Louis le Pieux, fils de Charlemagne, l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, installée sur les reliques des frères Savin et Cyprien, devient un haut lieu de pèlerinage. La très belle abbatiale romane visible aujourd’hui date du XIe siècle. Les fresques s’inspirent des deux premiers livres de la Bible pour la nef et de l’Apocalypse pour le porche, de la Passion du Christ pour la tribune. Le prieuré de Villesalem (Journet) est très tôt rattaché à l’abbaye de Fontevrault. Ce joyau de l’art roman poitevin conserve son église à triple vaisseau dont le calcaire blond donne une luminosité intense à la nef. A Saint-Martin-l’Ars, au sud du département, les chanoines augustins ont fondé l’abbaye de La Réau qui conserve aujourd’hui sa salle capitulaire médiévale. L’abbatiale fortifiée au cours des guerres de Cent Ans offre ses ruines à ciel ouvert. Aux XIe et XIIe siècles, de nombreuses paroisses se dotent d’églises romanes utilisant les matériaux trouvés in situ (calcaire, granit). Beaucoup ont subi les influences architecturales du Limousin. Les églises de Plaisance, Lathus, Saulgé, Civaux… ont conservé les volumes et les décors romans. Deux lanternes des morts (Antigny et Journet) subsistent, témoins des rites entourant les défunts au Moyen Age. La guerre de Cent Ans a conduit les nombreux petits seigneurs à reconstruire leurs demeures défensives avec des caractères de l’architecture militaire médiévale. Les châteaux forts de Pruniers, Lenest (vallée de la Gartempe), La Rigaudière, La Messelière (vallée de la Vienne) sont représentatifs de cette recherche de protection derrière les murailles et les tours. La forteresse de Bourg-Archambault est reconstruite au XVe siècle sur des ruines plus anciennes; douves, courtines et vestiges de chemins de ronde, salle de garde, logis résidentiel sont autant de symboles du pouvoir seigneurial encore longtemps utilisés dans l’architecture civile. Face aux bandes de pillards, la population de petits villages éloignés de châteaux forts a dû se protéger par elle-même. Ainsi à Adriers, l’église est fortifiée (chemin de ronde restauré au XIXe siècle); à Liglet, une maison forte pouvait accueillir les habitants en cas d’attaque. Quelques petites cités ont conservé leur caractère médiéval (remparts, ponts, maisons, décors…). Ainsi Saint-Savin-sur-Gartempe, Lussac-les-Châteaux, Availles-Limouzine, Pressac.


pays de Parthenay

C’est à partir du XIe siècle que Parthenay commence à s’édifier. Ses églises romanes –Saint-Pierre, Sainte-Croix, Notre-Dame de la Couldre à la riche sculpture – puis gothique –chapelle des Cordeliers – témoignent de son développement jusqu’à la fin du Moyen Age. Sous l’impulsion des seigneurs, soutenus tantôt par les rois de France tantôt par les rois d’Angleterre, Parthenay s’entoure au XIIe siècle de plusieurs lignes de fortifications. Ces seigneurs construisent leur château en s’adaptant au mieux à la topographie du site: un plateau granitique pris dans une boucle de Thouet. La ville s’organise en ses murs et le commerce (du drap de laine notamment) se développe. Au XVe siècle, l’usage de l’artillerie impose à l’architecture militaire ses adaptations, bastille et boulevards sont adjoints au château.


Poitiers

Le baptistère Saint-Jean constitue l’un des premiers édifices chrétiens. Transformé aux époques carolingienne et romane, il devient alors une église. Il conserve un ensemble de peintures murales, représentatives des productions poitevines des XIe et XIIe siècles. Autre édifice exceptionnel: l’hypogée des Dunes, construit dans les années 700 pour y accueillir des reliques, servir d’oratoire et de chapelle funéraire. Vers l’an mil, les chantiers se multiplient. Les constructeurs peuvent alors compter sur l’appui et l’argent des comtes de Poitou, ducs d’Aquitaine, seigneurs parmi les plus importants du royaume. La ville bénéficie d’une grande renommée. Entre 1040 et 1100 environ, les consécrations sont nombreuses: Notre-Dame-la-Grande, Sainte-Radegonde, Saint-Hilaire, Saint-Jean-de-Montierneuf… Les projets sont de vastes dimensions: nefs à l’éclairage indirect, vastes déambulatoires, cryptes; la diversité des traitements des volumes est remarquable. Le programme se complète de cycles de peintures (Saint-Hilaire, Notre-Dame-la-Grande) ou de grands ensembles sculptés dans un souci permanent d’enseignement des fidèles. Aujourd’hui, le programme sculpté de la façade de Notre-Dame reste exceptionnel. Vers 1200, la ville se dote d’une nouvelle cathédrale. Le style gothique angevin la caractérise: élévation simple, voûtes bombées, absence d’arcs-boutants. L’harmonie des proportions est particulièrement saisissante à l’intérieur où, dans ce gigantesque vaisseau, tous les regards convergent vers le chœur et le vitrail de la crucifixion (XIIe siècle). A l’extérieur, l’immense et austère chevet plat est tout aussi unique. Les comtes-ducs dotent leur palais d’une nouvelle vaste salle aux murs rythmés d’arcades plaquées. Le palais, la cathédrale Saint-Pierre, l’enceinte médiévale (dont il reste quelques vestiges), illustrent par leurs dimensions et leur qualité la puissance des commanditaires. Il faut attendre la fin du XIVe siècle pour voir de nouveaux grands chantiers, sous l’impulsion de Jean de Berry, frère de Charles V. Le mur sud de la grande salle (fin XIVe siècle) du palais est une véritable prouesse architecturale: il réunit trois monumentales cheminées surmontées d’un mur à claire-voie au réseau déjà flamboyant. Autour de ces vastes constructions, le paysage urbain ne change guère; les maisons à pans-de-bois continuent à s’implanter sur des parcelles longues et étroites (rue des Trois-Rois, rue de la Chaîne…).


Rochefort

Notre-Dame, dite Vieille Paroisse, est l’église d’un modeste prieuré construit à la fin du XIe siècle et dépendant de Saint-Vivien de Saintes. Elle a servi d’église paroissiale jusqu’au XIXe siècle.


Saintes

Du Moyen Age, la ville a hérité d’un important patrimoine religieux roman et gothique. L’église Saint-Eutrope, bâtie à la fin du XIe et au début du XIIe siècles par les moines de Cluny est un des grands chefs-d'œuvre du monde roman, avec sa vaste crypte accueillant les pèlerins autour du tombeau du saint. L’édifice présente un décor sculpté tout à fait remarquable. L’église Notre-Dame est le sanctuaire d’un ensemble monumental entièrement restauré: l’Abbaye-aux-Dames. Bâtie au XIe siècle, elle est remaniée au XIIe siècle par un voûtement à file de coupoles, l’établissement d’une nouvelle façade au décor richement sculpté et la construction d’un beau clocher en “pomme-de-pin”. La cathédrale Saint-Pierre, reconstruite après la guerre de Cent Ans, est mise à mal lors des guerres de Religion; elle n’en reste pas moins un des grands monuments flamboyants de l’Ouest, encore accostée de son cloître canonial du XIIIe siècle. De l’ancien couvent des Jacobins, subsistent la salle capitulaire et le chevet de la chapelle, percé d’une remarquable verrière flamboyante. Enfin, quelques maisons à pignons du XVe siècle marquent la phase la plus ancienne de l’habitat à Saintes.