Les musées de Montmorillon et de Lussac-les-Châteaux offrent une rétrospective du Paléolithique au Néolithique. Près de la Gartempe, l’abri-sous-roche du gisement de la piscine nous renseigne sur les chasseurs-pêcheurs de l’époque magdalénienne (-15000 ans). La présence d’éclats de taille indique la fabrication et l’entretien d’outils in situ. Les haches de belle qualité venaient du Grand Pressigny (à 60 km) ce qui témoigne du système précoce de troc inter-régional. A Gouex, à Lussac-les-Châteaux, les grottes ont livré les célèbres “dalles gravées” (plaquettes calcaires) dont les premiers portraits humains (-15000 ans). Quelques dolmens (-4000 ans) sont dispersés dans la campagne (Loubressac, le Chirou…).

 


Le sanctuaire rural gallo-romain de Masamas (Saint-Léomer) joue un rôle pour la rencontre des peuples celtes voisins (Pictons, Lemovices, Bituriges). Les fondations successives d’un fanum gaulois et de deux temples jumeaux du IIe siècle apr. J.-C. ont été dégagées et attestent de la présence de cultes antiques (matériel archéologique déposé au musée de la Tour à Montmorillon). Entre Saint-Savin et Antigny, la voie romaine de Poitiers-Bourges traverse la Gartempe au lieu dit le Gué de Sciaux. Les fondations d’un vicus constitué d’habitats, de thermes, d’un théâtre, d’un temple classique ont été mises au jour. Les découvertes ont été déposées dans le petit musée gallo-romain d’Antigny. Dans la vallée de la Vienne, à Civaux, un vicus gallo-romain prospère a laissé de nombreux vestiges précédant l’arrivée du christianisme (IVe siècle). La piscine baptismale aménagée dans les ruines d’un fanum antique précède-t-elle l’église Saint-Gervais et Saint-Protais? On l’ignore mais celle-ci a conservé un chevet pentagonal (paléochrétien) et une stèle funéraire chrétienne du IVe siècle.

 


Sur la rive gauche de la Gartempe, non loin du château qui est démantelé dès le XIVe siècle, l’église Notre-Dame, conserve un très beau chevet. Les peintures “a fresco” relatant la légende de sainte Catherine d’Alexandrie ornent le cul-de-four de la crypte depuis la fin du XIIe siècle. Une Vierge à l’Enfant empreinte de tendresse habite une mandorle. Cette œuvre illustre la transition artistique entre les peintures romanes de Saint-Savin (XIe siècle) et la période gothique (chapelles funéraires de la vallée des fresques). Fondée fin XIe siècle, la Maison-Dieu est un hôpital-monastère destiné à accueillir les pauvres pèlerins puis les malades des environs. La façade de l’église Saint-Laurent exprime la rencontre entre les styles romans limousin et poitevin. Elle est ornée de la frise de l’Enfance du Christ (fin du XIIe siècle). Certains veulent voir dans l’Octogone un édifice inspiré du saint Sépulcre de Jérusalem: construit sur deux niveaux, la chapelle cimétériale surmonte l’ossuaire. Ce monument offre une physionomie extrêmement rare dans le monde roman. Au cours de la guerre de Cent Ans (XIVe et XVe siècles), la Maison-Dieu est fortifiée; seul un vestige des remparts, la tour médiévale, conserve une bretèche. Près du vieux pont (XVe siècle), le quartier pittoresque du Brouard a conservé quelques anciennes maisons à pans-de-bois en encorbellement. Fondée par Louis le Pieux, fils de Charlemagne, l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, installée sur les reliques des frères Savin et Cyprien, devient un haut lieu de pèlerinage. La très belle abbatiale romane visible aujourd’hui date du XIe siècle. Les fresques s’inspirent des deux premiers livres de la Bible pour la nef et de l’Apocalypse pour le porche, de la Passion du Christ pour la tribune. Le prieuré de Villesalem (Journet) est très tôt rattaché à l’abbaye de Fontevrault. Ce joyau de l’art roman poitevin conserve son église à triple vaisseau dont le calcaire blond donne une luminosité intense à la nef. A Saint-Martin-l’Ars, au sud du département, les chanoines augustins ont fondé l’abbaye de La Réau qui conserve aujourd’hui sa salle capitulaire médiévale. L’abbatiale fortifiée au cours des guerres de Cent Ans offre ses ruines à ciel ouvert. Aux XIe et XIIe siècles, de nombreuses paroisses se dotent d’églises romanes utilisant les matériaux trouvés in situ (calcaire, granit). Beaucoup ont subi les influences architecturales du Limousin. Les églises de Plaisance, Lathus, Saulgé, Civaux… ont conservé les volumes et les décors romans. Deux lanternes des morts (Antigny et Journet) subsistent, témoins des rites entourant les défunts au Moyen Age. La guerre de Cent Ans a conduit les nombreux petits seigneurs à reconstruire leurs demeures défensives avec des caractères de l’architecture militaire médiévale. Les châteaux forts de Pruniers, Lenest (vallée de la Gartempe), La Rigaudière, La Messelière (vallée de la Vienne) sont représentatifs de cette recherche de protection derrière les murailles et les tours. La forteresse de Bourg-Archambault est reconstruite au XVe siècle sur des ruines plus anciennes; douves, courtines et vestiges de chemins de ronde, salle de garde, logis résidentiel sont autant de symboles du pouvoir seigneurial encore longtemps utilisés dans l’architecture civile. Face aux bandes de pillards, la population de petits villages éloignés de châteaux forts a dû se protéger par elle-même. Ainsi à Adriers, l’église est fortifiée (chemin de ronde restauré au XIXe siècle); à Liglet, une maison forte pouvait accueillir les habitants en cas d’attaque. Quelques petites cités ont conservé leur caractère médiéval (remparts, ponts, maisons, décors…). Ainsi Saint-Savin-sur-Gartempe, Lussac-les-Châteaux, Availles-Limouzine, Pressac.

 


Au début du XVIe siècle, la ville, siège de la sénéchaussée, se dote de remparts. Au cours des guerres de Religion, la ville est pillée, la Maison-Dieu saccagée. Près du château féodal démantelé au cours des guerres précédentes, l’église Notre-Dame sert de monument-refuge. La présence de canonnières dans la façade atteste de cette fortification tardive des hauts murs de l’édifice religieux. Au passage des XVe et XVIe siècles, le seigneur de Moussy, maître dans la vallée de la Gartempe, fait orner trois chapelles de ses propriétés d’un cycle iconogra phique inspiré de la vie du Christ auquel s’ajoute “le dit des trois morts et des trois vifs”. Cette création littéraire des siècles précédents illustre sans doute l’angoisse de la mort omniprésente (oratoire du château de Boismorand et chapelles funéraires de Jouhet et Antigny).

 


Cette période voit le renouveau de la Maison-Dieu dont les bâtiments monastiques classiques et le chauffoir ont été construits sur les ruines médiévales. Les augustins réformés de Bourges ont mené sur cinq décennies (1630 à 1680) ce grand chantier architectural affirmant les lignes géométriques, caractéristiques de l’art classique. Sur la rive droite, de beaux hôtels classiques (hôtel de Moussac, hôtel Saint-Christophe) témoignent de la richesse aristocratique de la ville. L’habileté des serruriers et ferronniers locaux est visible dans la beauté et la qualité des heurtoirs et marteaux de portes des grosses maisons bourgeoises de la vieille ville. Les bâtiments conventuels des abbayes (Saint-Savin, Villesalem, La Réau) sont reconstruits selon un style très classique: vastes logis réguliers sur plusieurs étages distribués par de beaux escaliers à rampes droites où s’est illustré l’architecte dit “Le Toscan” (Montmorillon, La Réau, Saint-Savin). A Lussac-les-Châteaux, le musée de Préhistoire offre une belle galerie à balustres de bois. Au-dessus de la grotte de l’Ermitage, un curieux monument dit “la léproserie”, construit en pierres sèches pourrait bien être une “folie” (ou bagatelle) édifiée au fond du parc des Rochechouart. Les châteaux de plaisance succèdent aux châteaux forts, les ruines féodales sont modifiées, agrandies ou remplacées par des demeures claires, spacieuses, marquant bien le passage de l’architecture militaire à la résidence dans un environnement dessiné, parc d’agrément, jardin à la française, tels les châteaux de Forges de Verrières, la Messelière à Queaux, du Ry à Journet, du Pin aux Hérolles…

 


Le petit séminaire s’installe dans les bâtiments de la Maison-Dieu désertée depuis la Révolution: la chapelle Saint-laurent est transformée à cette occasion. L’intérieur, agrandi en 1862, reçoit un programme de peintures murales à l’iconographie abondante et très académique. Après la Révolution, l’église Saint-Martial est en ruine. Payée par souscriptions de riches familles locales, elle est reconstruite dans le style néo-gothique. Les vitraux, le mobilier, l’architecture sont très homogènes et font de cet édifice un ensemble représentatif de “l’art national”. Construit sous le Second Empire, le palais de justice affirme son fronton néo-classique. De retour d’émigration, la noblesse locale réinvestit ses anciennes propriétés seigneuriales. Le château de la Lande (route de Lathus) est reconstruit, utilisant le vocabulaire architectural symbolique du pouvoir civil: tourelles, créneaux… Après la Révolution, de nombreuses communes ont reconstruit ou remanié leurs églises sur les ruines des édifices précédents dans le style néo-gothique et néo-roman (L’Isle-Jourdain, Luchapt, Lhommaizé, Lussac). Les propriétaires terriens ont rhabillé (Boismorand…) ou reconstruit totalement leurs demeures (Pindray, Régnier à La Trimouille…) dans un style éclectique. L’économie traditionnelle s’est intensifiée au siècle dernier: moulins, fours à chaux, tuileries et sablières. La brasserie de Saulgé connaît son heure de gloire.

 


Près du Pont-Neuf, un bel exemple d’art commercial des années de l’entre-deux-guerres subsiste rue Charles-Dubois: la devanture et l’enseigne d’une boucherie. Dans les années vingt, à l’Isle-Jourdain, trois usines hydroélectriques ont été mises en service sur la Vienne. La centrale de la Roche est un bel exemple d’architecture industrielle, réalisée d’après un avant-projet de Le Corbusier, alors architecte-conseil de la société d’Application du béton armé. Le chantier de la centrale de Civaux impose déjà ses volumes gigantesques dans le paysage.
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