La topographie particulière du site de Chauvigny (éperon) a été utilisée dès le quatrième millénaire par un groupe humain (chasséen) pour y établir son habitat. Les emplacements du fossé de protection, de poteaux de bois, de foyers et de fosses témoignent avec le matériel qu’ils contenaient de cette présence: vases non tournés, plats à pain, silex et os taillés, os d’animaux, déchets de nourriture, charbons de bois. Cette occupation se maintient jusqu’au deuxième millénaire avec des aménagements différents de l’éperon barré et semble se poursuivre jusqu’aux âges du fer (800–50 av. J.-C.) par la construction d’un rempart de terre. Les vestiges néolithiques sont visibles, en place, sous le donjon de Gouzon dans la salle de l’énergie de l’espace d’archéologie industrielle.

 


Les prospections archéologiques permettent de déterminer à Saint-Pierre-les-Eglises une agglomération de plusieurs hectares. Les fouilles ont porté jusqu’à présent sur des quartiers d’habitation occupés du début du 1er siècle apr. J.-C. jusqu’au IVe siècle, ainsi que sur des zones d’artisanats, notamment un atelier de potier et un four de forgeron ayant fonctionné durant la première moitié du 1er siècle. La présence de plusieurs blocs architectoniques sculptés (frises, corniches), conservés au musée de Poitiers ou situés encore sur le site, dans le cimetière, est la preuve qu’un ou plusieurs grands bâtiments publics, peut-être un temple, se trouvaient à Saint-Pierre-les-Eglises. Le mobilier découvert est présenté au musée de Chauvigny.

 


La datation de Saint-Pierre-les-Eglises n’est pas clairement établie mais le petit appareil de l’abside et certains détails iconographiques des fresques qui ornent sa face interne (Bain de l’Enfant…) attestent une construction antérieure à l’époque romane. Le château des Evêques ne conserve qu’une partie de l’enceinte du XIe siècle. Celle-ci est agrandie ainsi que le donjon au XIIe siècle. Le donjon de Gouzon connaît trois périodes de construction entre le XIe et XIIIe siècle. Le château d’Harcourt est achevé au XIIIe siècle, son enceinte, flanquée de grosses tours cylindriques pleines (caractéristiques à Chauvigny) percée d’archères à plusieurs traverses. La salle de garde du donjon, voûtée en berceau, est éclairée à l’est par deux baies en plein cintre, une salle conserve des fresques du XIIIe siècle. Le château de Montléon (XIIe siècle) laisse des vestiges épars tandis que la tour de Flins, contemporaine, est bien préservée. La collégiale Saint-Pierre (XIIe siècle) est une église-halle à trois vaisseaux. Les chapiteaux du chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes présentent un riche décor sculpté (monstres, allégories de Babylone…) et dédicacé: “Gofridus me fecit”. Le chevet de l’église Notre-Dame (autrefois Saint-Just) à abside et absidioles possède un décor sculpté plus sobre que celui de Saint-Pierre mais qui n’est pas de moindre qualité. La maison dite “des Templiers” (route de Châtellerault) est éclairée, au premier étage par une série d’ouvertures géminées surmontées d’arcs polylobés caractéristiques du XIVe siècle. A partir de 1397, Ithier de Marreuil, évêque de Poitiers, ajoute un second donjon à son chateau de Chauvigny.

 


Le transept sud de l’église Notre-Dame reçoit, à la fin du XVe siècle, une fresque représentant un Portement de croix. Dans la foule qui accompagne le Christ, on observe des personnages dont les vêtements évoquent les différentes catégories sociales de l’époque. De nombreuses maisons conservent des encadrements de portes ou de fenêtres, des cheminées ou des escaliers des XVe et XVIe siècles. C’est le cas de la maison dite “du Roi Jean” (rue des Trois-Rois) qui doit son surnom à une légende affirmant que le roi y a été hébergé à la veille de la bataille de Nouaillé (1356). Certains vestiges de cette maison et notamment la cage d’escalier attestent plutôt le XVIe siècle.

 


Les troubles des XVIe et XVIIe siècles ont encouragé la construction de demeures rurales protégées. Les anciens fiefs d’Artiges et de La Rivière-aux-Chirets possèdent de vastes cours fermées par des murs. A La Rivière-aux-Chirets, des tours renforcent les angles. Les logis présentent deux niveaux sous des combles profonds. Au XVIIIe siècle, le rapatriement des Acadiens en Poitou occasionne, près de Chauvigny, la construction par les immigrés de fermes à un seul niveau, caractéristiques par leurs murs en chailles-rognons de silex et en terre (la ligne acadienne).

 


L’église paroissiale Saint-Léger et l’église du prieuré Saint-Just sont très dégradées après la Révolution. Le choix de restauration se porte sur Saint-Just qui devient l’église paroissiale et prend le vocable de Notre-Dame. En 1824, la décision est prise d’utiliser l’emplacement de Saint-Léger pour construire l’hôtel de ville et une halle aux grains attenante. A la fin du siècle, la halle aux grains est supprimée et le bâtiment qui l’abritait modifié pour agrandir la mairie. L’édifice est formé de deux ailes de part et d’autre d’un corps central légèrement saillant qui abrite l’escalier monumental. Au premier niveau à droite, une galerie à arcatures répond aux arcades de l’ancienne halle aux grains qui occupaient l’aile gauche. Au premier étage, l’unité du bâtiment est affirmée par une série de vastes baies rectangulaires, le décrochement central porte un balcon. La toiture en ardoise très pentue est soutenue par une corniche. Une travée de l’église Saint-Léger est préservée. En 1883, pour permettre au chemin de fer de traverser la Vienne, le viaduc est achevé. Cet ouvrage d’art en courbe, entièrement maçonné en pierre de Chauvigny, est soutenu par cinq arches principales de 24 m d’ouverture.

 


En 1934, la ville crée un établissement de bains-douches (rue de la Paix) dont le décor et les ouvertures sont caractéristiques des années 30. En 1993, l’espace d’archéologie industrielle est ouvert. Il est aménagé dans le donjon du château de Gouzon. L’ascenseur, qui dessert les étages et la terrasse, est une commande publique de la Délégation aux arts plastiques réalisée par Sylvain Dubuisson.
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