LAngoumois est riche en sites préhistoriques du Paléolithique tels labri-sous-roche de la Chaire à Calvin (Mouthiers) qui présente une frise pariétale ou la grotte du Placard (Vilhonneur) qui conserve des gravures pariétales. Au Néolithique moyen, de nombreux camps ont été installés sur des éperons rocheux barrés par des remparts, tels ceux de Vuil et Giget. Les âges des métaux sont représentés par plusieurs sites, qui ont livré des pièces importantes comme le dépôt de Venat à Saint-Yrieix, ou pour lâge de fer, le site dAgris où a été découvert en 1981 un prestigieux casque de la deuxième moitié du IVe siècle. Le plateau dAngoulême a été occupé par des villages successifs, à partir du début de lâge du bronze (vers 2000 av. J.-C.) et peut-être dès le Néolithique. Loccupation celtique remonte au IV-IIIe siècle av. J.-C.; limplantation de la ville gallo-romaine à lépoque augustéenne, à la fin du 1er siècle av. J.-C.
Le territoire dAngoulême, qui est autonome, voire indépendant avant la guerre des Gaules, est rattaché administrativement par Rome après la Conquête à un peuple voisin (Santons, Lemovices?). Angoulême nest pas prise en compte par la première grande voirie romaine. Elle ne devient civitas quau Bas-Empire, vers la fin du IVe siècle. Les premières implantations sédentaires gallo-romaines semblent avoir été les rives de la Charente (Basseau-Thouérat) et surtout le plateau (îlot Chabrefy et palais de justice: fondations en place dun grand hypocauste et de diverses constructions du début de lEmpire au IVe siècle). Enfin, la première enceinte de la ville doit, semble-t-il, être datée de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle. Cest un rempart de gros appareil comprenant en blocage derrière le parement des fragments de blocs sculptés, de chapiteaux, de colonnes et de statues provenant de monuments civils et funéraires détruits. Lespace protégé comprend tout le plateau, fermé à lest vers lactuel hôtel de ville. Son pourtour est de 2280 m. Lhabitat est sans doute clairsemé. Des voies en étoile, reliant la ville à lancienne voirie romaine, se développent au Bas-Empire. Le nom de la ville est alors Iculisma.
Angoulême se développe à lintérieur de son premier rempart complété au XIIIe siècle par deux nouvelles enceintes. Protégée par ses remparts, la ville lest également par ses châteaux, le Châtelet (aujourdhui disparu) et le château neuf dont il reste le donjon. En Angoumois, cest le plein épanouissement de lart roman. Du XIe siècle ne sont restées que des parties dédifices reprises au siècle suivant. La nef de léglise de Charmant en est lexemple le plus intéressant. A côté de la cathédrale dont Girard II entreprend la reconstruction entre 1110 et 1130, les églises paroissiales se multiplient souvent influencées par léglise-mère (Trois-Palis, Linars, Fléac
). Des édifices sont particulièrement remarquables comme les églises à façades à série darcatures (Plassac, La Couronne, Dirac) ou aux chevets très ornés (Charmant, Mouthiers
). Le choix de la nef à file de coupoles élu pour la cathédrale est repris sur de petits édifices comme Fléac. La sculpture est partout présente comme à Champniers, La Couronne, Mouthiers
Léglise de Saint-Michel dEntraygues offre la particularité dun plan centré et dun tympan où saint Michel terrasse le dragon. Si lépoque gothique apparaît comme moins importante, labbaye de La Couronne nen est pas moins un édifice exceptionnel. Aujourdhui en ruines, elle témoigne encore de la transition entre art roman et gothique, ainsi que de linfluence des régions voisines comme le Poitou avec le choix de la voûte dite angevine. Les ordres mendiants ont contribué à limplantation du style gothique. Si le couvent des Jacobins dAngoulême nest connu que par des fouilles, la chapelle des Cordeliers présente encore ses volumes des XIIIe et XIVe siècles. La construction dune partie de léglise abbatiale de La Couronne, de léglise Saint-André à Angoulême ou de nombreuses chapelles (Mouthiers, Champniers, Dirac) témoigne dune période de reprise économique après 1450 qui sexprime également au travers de lédification de nombreux châteaux (lOisellerie, logis abbatial de La Couronne, château des comtes dAngoulême).
LAngoumois a connu dans la première moitié du XVIe siècle une période brillante. Charles de Valois et Louise de Savoie et leurs enfants François (futur François 1er) et surtout sa sur Marguerite font dAngoulême un centre intellectuel et artistique. Verrazzano, navigateur florentin, chargé par François 1er dexplorer les côtes du Nouveau Monde, découvre la baie de New York en 1524 et lappelle Nouvelle Angoulême. De cette époque, Angoulême a gardé un hôtel particulier, la maison Saint-Simon, caractéristique par le quadrillage de sa façade que lon retrouve sur une partie de lhôtel de Frégeneuil. De la chapelle Saint-Gelais édifiée contre la cathédrale ont été conservés de beaux reliefs du début du XVIe siècle. Plus tardif, le château de lOisellerie à La Couronne présente deux façades sur cour. Le XVIe siècle en Angoumois est marqué par le développement des moulins à papier. A Puymoyen, au moulin du Verger, on fabriquait du papier dès 1539.
Après les guerres de Religion, le XVIIe siècle semploie à reconstruire et à implanter de nouveaux ordres religieux. Il reste peu de vestiges de ces fondations, la plupart des édifices ayant été remaniés après la Révolution. Du couvent des Carmélites est conservée une porte, le collège des Jésuites est devenu conservatoire. De lhôpital Saint-Roch élevé à cette époque reste la chapelle. Quelques hôtels particuliers, comme la Marbrerie, représentent le début du siècle. Lhôtel de Bardines appartient, lui, au XVIIIe siècle. Lépoque classique marque le développement du quartier lHoumeau, au pied de la ville, où les activités commerciales, notamment avec la création de la fonderie de Ruelle par Montalembert, se développent autour du port. Au XVIIIe siècle, cest aussi laménagement des grandes routes et la construction du nouveau pont de Saint-Cybard. Autour dAngoulême, de nombreux châteaux ont été élevés ou agrandis au XVIIe siècle, témoignant dune prospérité retrouvée, tels ceux de la Tranchade à Garat, de Fleurac à Nersac, de Balzac, séjour de lhomme de lettres, Guez de Balzac.
Angoulême se transforme. Les remparts sont peu à peu arasés et les portes qui entravaient la circulation sont progressivement détruites. De nouvelles avenues, rues et places modifient le paysage urbain. Le quartier de la préfecture fait alors lobjet dun programme durbanisme. Les principaux édifices sont restaurés ou construits. Deux noms sont attachés à ces travaux: celui dAbadie Père (17831868) et dAbadie Fils (18121884). Le premier construit le palais de justice, lhôpital de Beaulieu, la préfecture, léglise Saint-Jacques de lHoumeau, le collège royal dans un style néo-classique. Le second est un architecte restaurateur. Il restaure donc la cathédrale, construit lhôtel de ville sur lemplacement du château et édifie les églises Saint-Ausone et Saint-Martial dans un style néo-médiéval. Cette parure dédifices est complétée par la construction du théâtre par larchitecte Soudée, et par celle des halles, concession aux nouveaux matériaux par larchitecte Warin et lingénieur Pommier. Les communes de lAngoumois ont également vu sélever des éléments darchitecture civile: mairies, écoles, mais aussi des chapelles comme celle de Saint-Yrieix. Le XIXe siècle est représenté par larchitecture industrielle comme la fonderie de Ruelle, ou les nombreuses papeteries à Angoulême, Saint-Michel ou La Couronne qui conservent à côté de lentreprise, maison du directeur et cités ouvrières. Il ne faut pas occulter toute une architecture vernaculaire qui a doté le moindre village de fermes à portails charentais (Saint-Yrieix, Linars), de maisons à balet ou de pigeonniers.
LArt Nouveau et lart déco sont représentés à Angoulême par des maisons particulières ou des bâtiments publics (bibliothèque CCAS) Les églises du Sacré-Cur, Saint-Paul, Saint-Jean-Baptiste de Grelet et Sainte-Bernadette participent au mouvement de construction du XXe siècle tout comme le Centre national de la bande dessinée et de limage, construit par larchitecte Roland Castro (19851991) à lemplacement danciennes industries, et le lycée de lImage et du Son, immeuble-pont édifié dans un quartier nouveau, Ma Campagne. Larchitecture contemporaine est également présente à Soyaux avec le centre Matisse.


