Arles

Pendant tout le Haut Moyen Age, Arles reste la plus grande cité provençale. Le groupe épiscopal a été transféré dès le Ve siècle au centre de la ville, sur le forum. Le XIIe siècle est le moment de son apogée. La Primatiale Saint-Trophime déjà remaniée au XIe siècle est reconstruite au XIIe siècle. Elle possède le plan caractéristique des édifices romans de Provence, avec une haute nef de cinq travées, voûtée en berceau brisé et flanquée d’étroits collatéraux, un transept très court dont la croisée est surmontée d’une coupole et une abside semi-circulaire. Inaugurée en 1152, elle accueillait les reliques de saint Trophime à côté de celles d’Etienne. Une robuste tour carrée servant de clocher et un portail somptueusement décoré compléteront cet ensemble entre 1152 et 1180. Enfin au milieu du XVe siècle, un long chevet gothique, avec déambulatoire et chapelles rayonnantes, remplaça le chœur roman. Eglise à reliques sur la route de Compostelle, Saint-Trophime a été “ornée comme une châsse”. Dans ce pays de dépouillement et d’équilibre classique, l’intensité de la décoration de son portail roman est exceptionnelle. Consacré à l’évocation du Jugement dernier, le portail est aussi un modèle de vie proposé au fidèle et une illustration des gloires de l’Eglise d’Arles.. Dans la seconde moitié du XIIe siècle, le chapitre d’Arles entreprend la construction des bâtiments conventuels organisés autour du cloître. La galerie nord, décorée vers 1160 par deux sculpteurs de génie, est une longue méditation sur la Résurrection ; la galerie est, un peu plus tardive, insiste sur les thèmes de la divinité du Christ. Les galeries sud et ouest, de style gothique, datent du milieu du XIVe siècle.


Briançon

La prospérité matérielle des XIIIe et XIVe siècles, l'expansion démographique due à l'amélioration des conditions de vie et de l'agriculture entraîne l'extension de l'espace urbain. Les habitations s'établissent au pied du château formant le Burgum Castrum. En 1371, l'agglomération est close d'une enceinte ponctuée d'une dizaine de tours. Elle abrite 358 "feux" soit 2 000 personnes. Ouverte par trois portes, trois rues principales divisent la ville en quartiers. La rue de Castres, la Grande Rue et la Rue du Temple. De nombreux jardins, situés au bas de la ville, étaient irrigués depuis 1345 par le canal de ville appelé Béal Gaillard. Dans le quartier de Roche, les moines Cordeliers fondent un couvent à la fin du XIVe siècle, grâce aux libéralités de Jacques de Montmaur, gouverneur du Dauphiné et Antoine Tholozan, juriste briançonnais. L'architecture de l'église rassemble des éléments romans et gothiques tout en conservant la marque des maçons lombards, très répandue dans la région. Les peintures murales décorant la chapelle du chœur sont de première importance. Le programme iconographique est relativement commun : Evangélistes à la voûte, couronnement de la Vierge et faute originelle sur les murs. Toutefois le traitement stylistique est exceptionnel. Le "Maître de Briançon" a combiné ici des influences italiennes et flamandes.


Carpentras

Aux IXe et Xe siècles, les villages du Comtat délaissent la plaine pour se regrouper sur les hauteurs. Venasque, résidence épiscopale du VIe au Xe siècle, cité fortifiée, rappelle que le pays a été secoué par les invasions barbares passé l'an mil. Protégée par un haut rempart, l'enceinte avec sa porte est composée de trois tours circulaires de base gallo-romaine. L'église Notre-Dame, dont seule l'abside date du XIe siècle, présente une belle crucifixion de l'école d'Avignon (XVe). La Porte de Rieu à Caromb, encore défendue par des archères et une bouche-à-feu, la Porte de France d'Aubignan, la Porte d'Orange de Carpentras, sont aussi des témoins de l'architecture civile défensive de cette époque. Au XIIe siècle, l'architecture religieuse romane est à son apogée.
Outre la chapelle de la Madeleine (Bédoin), subsistent Notre-Dame d'Aubune (Beaumes de Venise) dont le clocher est un joyau de l'art roman du XIIe siècle ; les églises Saint-Pierre et Saint-Paul (La Roque-sur-Perne, Méthamis) fondées au XIIe siècle; la chapelle Saint-Christophe (Lafare); l'abbaye Notre-Dame de Bon Secours (Méthamis); l'église d’Aubignan, fondée au XIIe siècle, dans laquelle on a retrouvé des sarcophages paléochrétiens en remploi dans le mur-gouttereau ; l'ermitage de Saint-Gens (XIIe), lieu de pèlerinage ; les ruines du château du Beaucet (XIII-XIVe), et de nombreuses chapelles dispersées dans la campagne. L'église Saint-Maurice (Caromb) reconstruite au XIVe siècle a un chœur de style gothique. La cathédrale Saint-Siffrein, caractéristique du gothique méridional, fut construite entre 1404 et 1519. Le flanc sud est surtout connu pour sa porte Juive flamboyante ornée de la célèbre Boule aux Rats. A Carpentras, la synagogue rappelle l'importance de la communauté juive dès le Moyen Age. Le mikvé (bain rituel) et la boulangerie, datent du XIVe siècle.


Fréjus

L'émergence du pouvoir des évêques se fait sentir dès le Ve siècle, date à laquelle est édifié un premier groupe épiscopal. Seul le baptistère, un des plus anciens de France, nous est parvenu. L'ensemble architectural aujourd'hui visible, érigé entre les XIe et XIIIe siècles, se constitue, outre ce baptistère, d'une cathédrale à deux nefs, du palais de l'évêque et du cloître canonial. Celui-ci offre la particularité d'avoir une galerie inférieure couverte d'une charpente à caissons de bois ornés de nombreuses scènes figurées. La ville s'est resserrée autour de ce noyau monumental, protégé par un rempart dont le tracé se lit dans les rues Jean-Jaurès et Grisolle.


Grasse

Le premier habitat médiéval, situé sur le sommet du Puy, à un carrefour primordial sur la route des Alpes, apparaît sans doute au début du XIe siècle. Le trafic entre Castellane et Nice délaisse alors le chemin de hauteur passant par la métropole romaine de Vence pour privilégier la route de Grasse. Le village primitif, constitué d’une tour seigneuriale, d’une église et de quelques maisons s’agrandit vite et s’échelonne sur le flanc d’un coteau. Au XIIe siècle, Grasse, érigée en consulat indépendant depuis 1138, traite directement avec les villes de Gênes et de Pise. En 1227 le comte de Provence reprend la ville. Les années 1350 sont très sombres : pestes, guerres, se succèdent. La chaotique succession de la reine Jeanne entraîne des luttes dynastiques. Grasse perd la moitié de sa population. En 1483 après la mort du roi René resté sans héritier, Louis XI la fait entrer dans le royaume de France. En 1244, l’évêché d’Antibes est transféré à Grasse et on édifie un ensemble épiscopal unique en Provence. La cathédrale, édifice d’inspiration lombarde est construite dans un calcaire dur. Jouxtant le lieu de culte se situe le palais épiscopal. La tour carrée, élément le plus ancien du palais, commandait l’enceinte fortifiée de la cité épiscopale. Au XIIIe siècle, Grasse est enserrée par un long rempart percé de portes défendues par des tours, qui s’élargit dès les troubles du XIVe siècle pour englober la totalité de la ville.


Menton

A partir du XIIe siècle, les documents se multiplient, preuve du dynamisme politique local dû aux ambitions rivales de Gênes et des comtes de Provence sur le Comté de Vintimille, affaibli par les luttes internes. Puypin apparaît pour la première fois en 1146. L’historien Honoré Ardoïno date l’apparition de Menton en décembre 1251, elle serait due au déplacement de Puypin vers la mer. La Convention d’Aix de 1262, reconnaît Puypin et Menton possessions de Guillaume Vento. En 1290, Manuel Vento donne à la cité ses premiers statuts. En 1346, les Vento vendent la Seigneurie de Menton à Charles Grimaldi de Monaco pour la somme de seize mille florins. Le destin de Menton demeure entre les mains des Grimaldi jusqu’en 1848.