Arles

Le début du XVIIe siècle voit apparaître une intense activité architecturale du fait de la classe dirigeante et du clergé qui, dans l’élan de la Contre-Réforme, multiplie ses fondations et modernise les édifices déjà existants. La venue de Louis XIII, en 1622, n’est pas étrangère à cette volonté de renouveau. Les arlésiens se replongent dans les traités d’architecture et de décoration pour composer l’entrée royale et découvrent un nouveau répertoire qu’ils utilisent dans leurs constructions. Ce maniérisme se répand sur les façades des demeures nobles de la rue Royale. Jusqu’aux années 1650-1660, la demeure aristocratique évolue vers une facture plus classique, sa façade sur rue se dilate en hauteur, le décor devient plus simple, plus nerveux : l’hôtel de Castillon marque bien ce passage à la période baroque de la seconde moitié du dix-septième siècle. La chapelle des Jésuites est édifiée en 1654. La fin du siècle et le début du suivant font un accueil favorable aux modèles du classicisme parisien comme à l’Hôtel de Ville (1675). Les hôtels de style rocaille, comme l’hôtel de Courtois (sous-Préfecture) précèdent les grands hôtels du milieu du XVIIIe siècle, à la parisienne (hôtel Quiqueran de Beaujeu, hôtel du Roure). Sous le règne de Louis XVI apparaissent le vaste hôtel très sévère de la famille de Lagoy, celui des Antonelle, rue de la Roquette, ou l’hôtel Barrème de Manville. La construction publique est illustrée par la Grande Boucherie (1724), la Grande Poissonnerie (1728), la maison consulaire (1731) sur la place du Forum. Les abbés de Montmajour s’installent dans le Bourg Neuf, les Jésuites ouvrent leur collège sur la rue Royale par une monumentale façade bien parisienne. Entre 1790 et 1791, on bâtit le monumental Cercle de la Rotonde, très bel et étonnant édifice, inspiré des œuvres de l’architecte néoclassique Claude-Nicolas Ledoux.


Briançon

La physionomie de la ville se modifie en un peu plus d'un siècle. Deux incendies ravageurs et le rôle stratégique découlant de la politique extérieure du pouvoir royal vont assurer cette transformation. Les guerres de la ligue d'Augsbourg et la succession d'Espagne vont faire de Briançon une place forte de montagne de premier ordre. La ville est dotée par Vauban et ses successeurs d'une enceinte bastionnée adaptée au relief escarpé. Les environs sont couronnés de solides ouvrages. Une nouvelle "paroisse" intra-muros est autorisée par arrêt du Conseil du Roi en 1700. L'église est élevée au rang de collégiale en 1746. La partie centrale de la façade, traitée en pierre, est dominée par un grand fronton cintré, lui-même encadré par deux tours clochers ornées d'un cadran solaire et d'une horloge. Au XVIIe siècle, une maison particulière "pour servir d'auditoire aux officiers du bailliage et de prison" est acquise par le roi Louis XIV. La salle d'audience est ornée d'un décor peint : semis de fleur de lys et "L" couronnés, blasons aux armes de France et du Dauphiné, crucifixion. Ces décors toujours présents dans une salle d'audience dont la fonction perdure, sont rarissimes.


Carpentras

La paix sociale et la prospérité des XVIIe et XVIIIe siècles permettent d'engager des opérations d'assainissement et d'embellissement. On dégage des places, les rues sont caladées, les fontaines publiques se multiplient. Certaines sont maintenant protégées au titre des monuments historiques : la fontaine de Saint-Didier (1758), celle de Beaumes-de-Venise qui est surmontée d'une pyramide, décor en vogue au XVIIIe siècle. L'aqueduc, achevé en 1734, amène au coeur de la ville les eaux des sources de Caromb. Le XVIIIe siècle voit l'épiscopat de Monseigneur Joseph-Malachie d'Inguimgert qui embellit Carpentras. On lui doit la chapelle Notre-Dame de Santé, reconstruite en 1747 par Antoine d'Allemand qui construisit aussi la chapelle du Très-Saint-Crucifix (1738-41) de facture classique.
Son chef-d'œuvre est incontestablement l'Hôtel-Dieu, de style baroque, édifié entre 1750 et 1761. Ses pots-à-feu surdimensionnés et une superposition de colonnes doubles sous le fronton donnent à la façade un caractère monumental. La bibliothèque Inguimbertine est l'une des toutes premières bibliothèques de France par l'importance de ses collections. La façade de l'église Saint-Victor d'Aubignan atteste aussi du style baroque. Les hôtels particuliers du comtat sont influencés par les palais italiens comme à l'hôtel Bassompierre dont la porte sculptée où rugit un lion furieux est ornée de deux atlantes. Le Musée Sobirats est installé dans un ancien hôtel particulier remanié au XVIIIe siècle, entièrement remeublé et redécoré depuis 1947. A Bédoin, l'église Saint-Pierre, magnifiée par sa situation en surplomb du bourg, se donne des airs de cathédrale.


Fréjus

Les évêques, seigneurs de la ville, favorisent l'installation de nombreux ordres religieux. Du couvent des Dominicaines ne subsiste que la belle façade de la chapelle, très théâtrale, réalisée en serpentine verte provenant du massif des Maures. En 1794 le conseil municipal en fit le siège du "Temple de la Raison". La présence d'une certaine bourgeoisie est attestée par les façades de quelques hôtels particuliers (Porte aux Atlantes, hôtel des Quatre Saisons...). L'ancien hôtel de ville (rue Jean-Jaurès), construit pour sa plus grande part à la fin du XVIIIe siècle, offre une belle façade symétrique agrémentée d'une loggia.


Grasse

Le XVIIe siècle est une période de sérénité, la bourgeoisie commerçante est prospère : la parfumerie connaît un véritable essor. On édifie de nouvelles demeures aux belles cages d’escaliers lumineuses, rythmées par de larges paliers et décorées de stucs, de balustres, de statues. Les boulevards sont créés, ainsi que, vers 1684, une grande esplanade, le Cours, " bien autrement belle que celle de Saint-Germain " dira Stendhal. A la fin du siècle, le premier hôtel particulier hors les murs est édifié pour la famille Villeneuve-Esclapon. Le musée Jean-Honoré Fragonard y est actuellement installé. En 1714, Monseigneur de Mesgrigny, évêque de Grasse, fait creuser une crypte sous la cathédrale et édifier la belle chapelle du Saint-Sacrement, décorée par Fragonard d’un Lavement des pieds. De nombreux hôtels particuliers sont construits en ville : hôtel Gazan de la Peyrière, Théas Thorenc, ornés de belles portes et de fer forgé ; et à la périphérie : hôtel de Clapiers Cabris, actuel Musée d’Art et d’Histoire de Provence, hôtel de Pontevès, qui abritera le tribunal révolutionnaire. La tourmente révolutionnaire n’épargne pas la ville, la guillotine est installée sur le square du Clavecin. Des talents d’orateurs se révèlent tels ceux de Maximin Isnard ou de Mirabeau, frère de la marquise de Clapiers Cabris.


Menton

Dans son enceinte, la ville continue à se serrer au pied du château, mais une partie moderne apparaît : la rue longue avec le Palais princier (1650), l’hôtel Pretti (1649) et la maison de Bottini (1633). En 1618, on ouvre une nouvelle rue qui donne accès au couvent des Capucins élevé en 1615. Des maisons sont construites " Rue Neuve " par les familles aisées. C’est la première extension de la ville vers l’ouest. Au sud, le cap Saint-Sébastien voit se développer les constructions. Ce faubourg est organisé autour de la chapelle de la confrérie des Pénitents Noirs que le prince Honoré II fait réaménager en 1630. En 1639, un bastion* est édifié afin de protéger la ville des incursions barbaresques. L’église Saint-Michel est agrandie à partir de 1640. Sa masse imposante, appuyée sur un bastion de l’ancienne enceinte qui lui sert de soubassement, domine la vieille ville. Le campanile sera construit au début du XVIIIe siècle, sous le règne du prince Antoine Ier, qui fait édifier à partir de 1717 une résidence dans la plaine de Carnolès (actuel Musée des Beaux-Arts). Au XVIIIe siècle, le nouveau quartier Saint-Michel et le quartier de la place du Cap, à proximité de la mer, deviennent le centre de la cité. La rue Saint-Michel est tracée, on y construit l’hôtel de Daniel d’Adhémar de Lantagnac (1736-1740), les places aux Herbes et Honoré sont aménagées.