Les prospections archéologiques ont permis d'évaluer à Briançon une agglomération antique de 25 hectares. Elle possédait un amphithéâtre de vastes proportions (soixante sur quatre-vingt-dix mètres). Cet édifice de spectacle révèle la vitalité du centre urbain et la capacité de ses notables à investir dans de grands programmes d'équipement urbain. Aux premiers temps de la romanisation, l'implantation du centre de la civitas s'est faite sur le secteur du Champ de Mars. C'est là que se percevaient les taxes douanières. Le quartier Notre-Dame a révélé des traces d'un ensemble urbain parcouru par des collecteurs et alimenté par un aqueduc. Les thermes sont le seul édifice identifié. Ce type de mise en place traduit une nouvelle politique urbaine qui émerge vers la 1ère moitié du 1er siècle. La découverte de vestiges gallo-romains encore en élévation, appartenant à une tour, et conservés dans le remblai des fortifications sud du XVIIe siècle, laisse supposer l'existence d'un important système défensif qui aurait délimité l'espace urbain à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle. Le nom de la ville est alors Brigantium.

 


La prospérité matérielle des XIIIe et XIVe siècles, l'expansion démographique due à l'amélioration des conditions de vie et de l'agriculture entraîne l'extension de l'espace urbain. Les habitations s'établissent au pied du château formant le Burgum Castrum. En 1371, l'agglomération est close d'une enceinte ponctuée d'une dizaine de tours. Elle abrite 358 "feux" soit 2 000 personnes. Ouverte par trois portes, trois rues principales divisent la ville en quartiers. La rue de Castres, la Grande Rue et la Rue du Temple. De nombreux jardins, situés au bas de la ville, étaient irrigués depuis 1345 par le canal de ville appelé Béal Gaillard. Dans le quartier de Roche, les moines Cordeliers fondent un couvent à la fin du XIVe siècle, grâce aux libéralités de Jacques de Montmaur, gouverneur du Dauphiné et Antoine Tholozan, juriste briançonnais. L'architecture de l'église rassemble des éléments romans et gothiques tout en conservant la marque des maçons lombards, très répandue dans la région. Les peintures murales décorant la chapelle du chœur sont de première importance. Le programme iconographique est relativement commun : Evangélistes à la voûte, couronnement de la Vierge et faute originelle sur les murs. Toutefois le traitement stylistique est exceptionnel. Le "Maître de Briançon" a combiné ici des influences italiennes et flamandes.

 


Les guerres d'Italie et de Religion relèguent au second plan le rôle commercial de la route du Montgenèvre et par là même celui de Briançon, au profit d'un rôle militaire et politique. Au moment du plein essor de la Ligue à Briançon, quelques notables fondent, en 1582, une confrérie des Pénitents noirs et édifient une chapelle dans le quartier de Roche. La Renaissance n'a pas laissé d'édifices majeurs. Cependant, la maison du Temple est construite en 1575, comme l'atteste la date figurant sur la clef d'un arc du rez-de-chaussée. Le style des façades se rattache par la composition générale et le traitement de détail à la manière italienne.

 


La physionomie de la ville se modifie en un peu plus d'un siècle. Deux incendies ravageurs et le rôle stratégique découlant de la politique extérieure du pouvoir royal vont assurer cette transformation. Les guerres de la ligue d'Augsbourg et la succession d'Espagne vont faire de Briançon une place forte de montagne de premier ordre. La ville est dotée par Vauban et ses successeurs d'une enceinte bastionnée adaptée au relief escarpé. Les environs sont couronnés de solides ouvrages. Une nouvelle "paroisse" intra-muros est autorisée par arrêt du Conseil du Roi en 1700. L'église est élevée au rang de collégiale en 1746. La partie centrale de la façade, traitée en pierre, est dominée par un grand fronton cintré, lui-même encadré par deux tours clochers ornées d'un cadran solaire et d'une horloge. Au XVIIe siècle, une maison particulière "pour servir d'auditoire aux officiers du bailliage et de prison" est acquise par le roi Louis XIV. La salle d'audience est ornée d'un décor peint : semis de fleur de lys et "L" couronnés, blasons aux armes de France et du Dauphiné, crucifixion. Ces décors toujours présents dans une salle d'audience dont la fonction perdure, sont rarissimes.

 


Une toute nouvelle industrie, le travail de bourre de soie (dite la schappe) donne à l'activité économique une impulsion vigoureuse et fait de Briançon une ville industrielle. La manufacture occupe un important bâtiment (18x125 m, sur cinq niveaux) dans le quartier Sainte-Catherine et accueille au tournant du siècle plus d'un millier d'ouvriers. Cet essor industriel permet l'implantation d'une gare en 1884. L'armée se fixe profondément dans la ville en y casernant le 159e RIA. Briançon modernise son ensemble fortifié avec le système dit de "Seré de Rivière" adapté aux obus-torpilles et à l’artillerie rayée, plus récents. Ces forts, nés à la fin du siècle, sont placés sur les sommets, en amont des forts XVIIe et XVIIIe siècles.



Les guerres ont marqué ce siècle, avec notamment la construction du fort du Janus. Véritable ouvrage sous roc, à 2543 mètres d’altitude, clef de voûte du système défensif, il est doté d’une caserne souterraine, d’une centrale électrique et de huit " blocs " bétonnés : une entrée, deux casemates d’artillerie, trois observatoires cuirassés et une casemate de mitrailleuse.
La situation géographique de Briançon, son climat et son altitude, lui confèrent un important potentiel de développement. L’air y est exceptionnellement pur et sain, en témoignent les nombreuses structures d’accueil installées dans la vallée de la Guisane. Dans les années trente, on édifie de grands sanatoriums pour y accueillir les tuberculeux. Aujourd’hui, les sportifs de haut niveau y viennent en cure, avant des compétitions. Briançon privilégie les activités liées au tourisme, notamment hivernales, avec la création en 1989 de la télécabine du Prorel qui rejoint la station de Serre-Chevalier.
Photos