La stèle anthropomorphe retrouvée au Rocher des Doms et les objets découverts dans le quartier de la Balance (armature de flèches, haches de pierre polie, objets de parure, fragments de céramique...) attestent d’une occupation du site dès le Néolithique. Au premier âge du fer, la ville déborde de ses limites. La pénétration grecque laisse des céramiques ioniennes et phocéennes. A l’époque de La Tène, son développement est rapide. Au IIe siècle, les habitants font partie des Cavares et Strabon cite la ville comme l’une des plus importantes de la région.

 


Comme tous les oppida, la ville est entourée de remparts, probablement du 1er siècle. Le périmètre en est conservé par le tracé des rues J-Vernet, Henri-Fabre, des Lices, Philonarde... Le forum se trouve à l’emplacement maintenant occupé par la place de l’Horloge, l’Hôtel de ville et le théâtre. Les arcades de la rue Petite-Fusterie forment un vaste portique qui sert de soutènement destiné à racheter la déclivité du terrain en contrebas. Des vestiges d’un vaste édifice (théâtre ?), sous forme d’arcades sur plan curviligne, ont été retrouvés rue Peyrolerie. Les rues sont pavées de grosses dalles. Des sépultures jalonnent l’ancienne voie Agrippa qui mène à Arles à partir de la place des Corps-Saints.

 


Devant la menace des invasions, les empereurs incitent les villes à réparer leurs remparts. Dès le IVe siècle, sur le Rocher, la basilique Notre-Dame est édifiée, au sud s’élèvent le baptistère et l’église Saint-Etienne, plus bas le monastère Saint-Agricol ainsi que l’église Saint-Pierre. La population décimée par les guerres et les pestes se concentre autour du Rocher, le forum disparaît. Au XIe siècle, l’évêque a son château fortifié sur le Rocher, sur les pentes,vivent les chanoines de la cathédrale. Notre-Dame dite " des Doms " et l’église Saint-Etienne sont reconstruites. Cette période de prospérité favorise la construction de six églises paroissiales. Le siège du nouveau pouvoir communal se situe sur le flanc sud du Rocher. Au XIIIe siècle, les commanderies des Hospitaliers de Saint-Jean et du Temple s’implantent dans la ville qui se relève très vite du siège de Louis VIII et reconstruit le pont Saint-Bénézet et sa double enceinte. Avignon déborde de ses limites par l’établissement des ordres mendiants hors les murs et la construction de l’hôpital Notre-Dame-de-Fenouillet. L’installation de la papauté entraîne la construction de palais cardinalices qui rivalisent de luxe. Benoît XII et Clément VI font construire le Palais des Papes, " la plus belle et la plus forte maison du monde " selon Froissart, par leurs maîtres d’œuvre : Pierre Poisson puis Jean de Louvres. L’évêque s’installe dans une nouvelle demeure (actuel musée du Petit-Palais). Les cardinaux, grâce à leurs libéralités, participent à la reconstruction des églises des Carmes, de Saint-Pierre. Saint-Didier est l’exemple le plus abouti des constructions de cette période avec sa nef unique, ses chapelles prises dans les contreforts, son aspect massif et trapu. Le réseau des rues, étroit et irrégulier est pavé de calades. En 1355 une nouvelle enceinte est entamée qui doit englober les nouveaux bourgs. Sous Clément VII s'élèvent Sainte-Catherine et Saint-Martial et en 1394, les Célestins, fondation royale, érigée sur le tombeau de saint Pierre de Luxembourg. Le sculpteur anglais Hugues Wilfred réalise le tombeau de Jean XXII, le peintre Simone Martini les fresques ornant le tympan de la cathédrale. Matteo Giovannetti réalise une grande partie des décors peints du Palais des Papes et de la chartreuse de Villeneuve.

 


Après le départ de la papauté un nouveau mécénat se développe. Dans les églises on ajoute des autels aux chapelles, comme celui des Célestins pour lequel Francesco Laurana sculpte un grand Portement de Croix, de grands retables et des monuments funéraire tels le fameux tombeau du cardinal de la Grange. On dégage et on agrandit la place du Change, on installe l’Hôtel de Ville dans l’ancienne livrée d’Albano. On agrandit le carrefour de la porte Ferruce qui devient place de l’Horloge. La façade de l’église Saint-Pierre illustre le gothique flamboyant tout en introduisant des formes renaissantes. Le Palais épiscopal est remanié, son plan trapézoïdal devient rectangulaire par l’adjonction d’une nouvelle façade aux ouvertures larges et régulières. Des peintres venus du centre, du nord de la France, vont donner naissance à un mouvement pictural, l’école d’Avignon, dont le représentant le plus connu est Enguerrand Quarton.

 


Avignon au XVIIe siècle devient l’un des grands centres d’architecture baroque. La chapelle du Noviciat des Jésuites dresse sa coupole dès 1601, l’hôtel des Monnaies aux ornements hors d’échelle s’élève face au Palais des Papes, la chapelle du Collège des Jésuites et de la Visitation, inspirées du Gesù de Rome, illustrent l’art de la Contre-Réforme. L’hôtel de Berton de Crillon, celui des Fortia arborent leurs hautes façades aux ornements saillants tandis que l’on remet au goût du jour églises et chapelles. Ce mouvement se poursuit à travers le XVIIIe siècle, en parallèle avec un courant d’inspiration plus française illustré par l’hôtel Calvet de la Palun (Banque de France). Des architectes comme La Valfenière, Mignard, Péru ou les Franque modèlent le nouveau visage de la ville tout en conservant le parcellaire gothique. Des édifices d’utilité publique voient le jour : l’hôpital Sainte-Marthe (actuelle Université), l’Aumône Générale, le Grenier à sel. La place de l’Horloge est agrandie par deux fois et reçoit les boucheries de Pierre Mignard. On perce la rue du Vieux-Sextier, on élargit la rue Saint-Agricol, on ouvre une halle place Pie. Auvents, arceaux et belles-croix sont démolis ainsi que les portes de l’enceinte communale. La ville prend en charge le pavement des calades et le nettoyage des rues qu’on éclaire de lanternes.

 


Le tissu urbain médiéval ne sera entamé qu’au XIXe siècle par de grandes percées comme le cours Jean-Jaurès destiné à relier la nouvelle gare au centre-ville. On démolit le couvent des Dominicains pour aménager un quartier moderne. Le Palais des Papes et la plupart des édifices religieux sont transformés en casernes. On agrandit de nouveau la place de l’Horloge. L’hôtel de ville est reconstruit. L’éclectisme des façades rappelle qu’Avignon est entrée dans le giron français depuis 1791 et suit dorénavant les tendances nationales. Le Rocher des Doms est aménagé en jardin public. Les remparts sont doublés d’un contre-mur qui protège la ville des inondations, rues et places sont élargies.


Le XXe siècle a notamment entamé la réhabilitation du Palais des Papes mais il a aussi détruit une partie du coeur historique de la cité. L’ensemble XIXe qui entourait la place de l’Horloge a perdu de son homogénéité lors du réaménagement du quartier de la Balance, l’élargissement de la rue Favart, la destruction de la rue de l’Arc-de-l’Agneau, l’aménagement de la zone piétonnière, la construction des nouvelles halles ont créé des hiatus dans le tissu urbain. La mise en place d’un secteur sauvegardé et le classement d’une partie du centre ancien au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1995 permettront d’améliorer la connaissance historique et le traitement du centre urbain.
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