Boulogne-sur-Mer

L’habitat de la haute ville est essentiellement issu des XVIIe et surtout XVIIIe siècles, témoin, sans doute, du retour à des temps moins guerriers. Une grande homogénéité se dégage de cet ensemble urbain où hôtels particuliers et maisons sont bâtis suivant les mêmes principes: les parements, confectionnés en grès sombre dit de Baincthun, s’animent d’une craie tendre et claire réservée aux encadrements des ouvertures. L’hôtel Désandrouin, bâti à la fin du XVIIIe siècle, introduit une rupture avec la tradition locale en proposant une architecture néoclassique la plus pure. La reconstruction de l’hôtel de ville en 1734, dont les salles arborent un décor rocaille à la mode, illustre la vitalité du mayeur Mutinot. Ce dernier lance les premiers grands travaux d’urbanisme du XVIIIe siècle, suite au démantèlement par Vauban des ouvrages avancés en 1689. Le couvent des Annonciades en haute ville (bibliothèque) et le grand séminaire, Grande-Rue (université) sont les principaux établissements religieux de l’époque classique. La reconstruction de la nef de l’église Saint-Nicolas (qui conserve plusieurs éléments mobiliers issus de la Contre-Réforme) à la fin du XVIIIe siècle, s’intègre autant dans un souci d’urbanisme que dans les prémices d’une croissance démographique préfigurant la grande extension du siècle suivant.


Cambrai

Jusqu’à son rattachement à la France en 1677, la ville regarde vers le Nord pour l’architecture civile et religieuse. Des maisons à pignons bordent les places et les rues. La maison de l’Arbre d’Or ainsi que la maison des Canonniers sur la place du Marché évoquent Gand ou Anvers. Majoritaires jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les pignons disparaissent peu à peu au profit des toits en pavillon ou à la française. Pour les hôtels particuliers, la tendance reste à l’hôtel front-à-rue -par gain de place- à l’exception de l’hôtel de Francquevillle, rue de l’Epée, bel exemple d’hôtel entre cour et jardin. L’architecture religieuse du XVIIe siècle se différencie elle aussi de celle du XVIIIe siècle même si des habitudes persistent. La chapelle des Jésuites, achevée en 1692, contraste avec l’église abbatiale du Saint-Sépulcre, actuelle cathédrale, construite sous l’archiépiscopat de Fénelon (1695-1715). La façade baroque de la chapelle contraste avec l’austère et sage façade de la cathédrale. Le chantier de l’actuelle église Saint-Géry s’échelonne de 1697 à 1745. D’une grande originalité, la croisée du transept, vaste et claire, est portée par quatre colonnes élancées. Les fortifications connaissent de multiples améliorations. Bastionnée en terre et en bois par les Espagnols et les Néerlandais, l’enceinte de la ville est pétrifiée par les Français. Avec la multiplication des ouvrages avancés, les portes perdent leur rôle défensif. La porte Notre-Dame de 1623 ornée de bossages en pointe de diamant en est un exemple.


Lille

Les constructions du XVIIe siècle transforment la ville dans les domaines militaire, civil, religieux et monumental. La Vieille Bourse (1653), composée de vingt-quatre maisons identiques, entourant un cloître, est l’exemple type de la construction de la première moitié du XVIIe siècle. L’influence d’artistes anversois et bruxellois s’exprime dans l’ornementation et l’opulence du décor maniériste. Il faut attendre la conquête française et le rattachement de Lille à la France (1668) pour voir la diffusion de l’architecture classique. La citadelle (1667-1670), chef d’œuvre de Vauban, forme une étoile à cinq branches et dissimule derrière ses remparts, bastions et portes majestueuses, arsenal, église, pavillons et bâtiments utilitaires. Le nouveau quartier royal est bordé d’hôtels entre cour et jardin et, sur la Grand’Place, pour surveiller la population, se déploie la Grande-Garde (1717). La porte de Paris, véritable arc de triomphe, juxtapose le fort du Réduit et sa chapelle. L’imposante façade de l’Hospice Général (1739) s’inspire des Invalides à Paris. Autre caractéristique de la ville, ses nombreux rangs de maisons, élevés entre 1670 et 1730. D’une très grande unité de style, ils répètent le même décor. Elevés sur deux ou trois niveaux, très étroits (héritage du Moyen Age), ils concentrent une profusion de sculptures dans les parties hautes. Des trois églises classiques, Sainte-Marie-Madeleine se différencie par un plan centré, coiffé d’un dôme. Michel Lequeux élève à la fin du XVIIIe siècle d’admirables édifices néoclassiques: hôtel Petitpas-de-Walle, hôtel d’Avelin (actuel rectorat) et hôtel de Wambrechies (actuel évêché).


Saint-Omer

Parmi la floraison de collèges et de couvents sous la Réforme catholique, les établissements des Jésuites occupent la première place. L’église du collège des Jésuites wallons (1615-1640) mêle tradition héritée du Moyen Age (verticalité prononcée, voûtes sur croisées d’ogives) et modernité (plan à nef unique et chapelle inspirée de l’église du Gesù de Rome, façade maniériste). Reconstruit en partie, au début du régime de Louis XV, le collège des Jésuites anglais conserve un corps de bâtiment rythmé par un ordre colossal de pilastres à chapiteaux composites. L’esthétique de l’architecture classique, dans cette ville devenue française en 1677, marque l’ancien palais épiscopal, actuel palais de justice, et l’hôpital général, construit en briques jaunes, au tout début du XVIIIe siècle Du bel ensemble d’hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles, l’hôtel Sandelin, actuel musée, est un parfait exemple.