Boulogne-sur-Mer

Reflet manifeste d’une ville en pleine expansion, la production monumentale est d’une grande fécondité. Reconstruite sur les ruines de la cathédrale, la basilique Notre-Dame, œuvre éclectique d’un "abbé-bâtisseur" inspiré, constitue, avec son dôme élancé, le symbole d’un XIXe siècle conquérant et le monument majeur de cette époque. Les nouveaux quartiers s’érigent en paroisse et se dotent de lieux de culte pour lesquels le style médiéval a les plus grandes faveurs: Saint-Michel à Clocheville, Saint-François-de-Sales à Bréquerecque, bâtie par un architecte anglais qui reconstruit aussi dans ce quartier la charmante chapelle du Saint-Sang. L’actuelle église Saint-Louis, rue Félix-Adam, primitivement consacrée au culte protestant, illustre l’importance de la communauté britannique. Une ville dont la population quintuple en quelques décennies se traduit aussi par une prolifération de nouvelles habitations. Celles-ci se déclinent de la modeste maison de pêcheur du quartier Saint-Pierre à l’immeuble bourgeois du centre-ville. L’architecture s’inscrit toujours dans une tradition de sobre (néo) classicisme. A partir de 1850, s’élève une série de façades qui se distinguent par leur goût de la parure sculptée; les n°32 rue Thiers, 99 Grande-Rue, ou 55 boulevard Daunou sont quelques chefs-d’œuvre du genre. L’éclectisme touche aussi l’architecture publique tel le palais de justice. Avec la vogue des bains de mer, Boulogne se dote de toute une architecture de loisir comme le théâtre. Elle achève son embellissement grâce à l’érection de nombreux monuments commémoratifs dont l’insolite et colossale colonne de la Grande-Armée (commune de Wimille).


Cambrai

De la trentaine d’établissements religieux à la veille de la Révolution, subsistent trois églises, trois chapelles et le clocher de l’église Saint-Martin, utilisé comme beffroi. En 1810, le canal de Saint-Quentin, inauguré par l’Empereur, conforte le rôle commerçant de la ville. Si en 1862, des jardins publics agrémentés d’un kiosque et de sculptures sont aménagés sur l’esplanade entre la ville et la citadelle, Cambrai étouffe dans le carcan de ses fortifications dont le démantèlement ne débute qu’en 1892. Les boulevards remplacent les fossés remblayés. Des immeubles aux styles néoclassique et éclectique côtoient des villas pittoresques précédées de jardins le long des boulevards Faidherbe et de la Liberté. Ateliers, usines et entrepôts, accompagnés de leur habitat ouvrier, sont rejetés à l’extérieur.


Lille

Une croissance urbaine sans précédent caractérise la seconde moitié du XIXe siècle, entraînée par le puissant développement industriel. Les remparts démantelés se transforment en larges boulevards bordés de grands hôtels de maîtres où alternent façades néoclassiques, néogothiques, néo-Renaissance. L’éclectisme devient le maître mot. Vitraux, bow-windows, briques vernissées, lave émaillée, fonte et polychromie chassent uniformité et répétition. Les facultés catholiques cherchent des analogies avec les universités anglaises de style gothique, entrecoupées d’espaces verts, tandis que les universités d’Etat, dans le nouveau quartier latin, ressemblent à des temples grecs. Les usines de textile poussent comme des châteaux forts, flanquées de tours massives crénelées qui peuvent servir de réservoirs d’eau pour filer le lin. Autour de la gare naissent les immeubles de rapport coiffés de dômes à l’image des immeubles parisiens. Le jardin Vauban, conçu à l’anglaise, donne à la ville l’espace vert qui lui manquait. Place de la République, le musée des Beaux-Arts accueille les collections de riches donateurs (Wicar), tout comme le musée d’Histoire Naturelle où d’importantes collections ethnographiques et géologiques prennent place dans une architecture de type Baltard. Hector Guimard construit à la demande du céramiste Coilliot en 1898 un "magazin-affiche", seul véritable exemple d’Art nouveau à Lille.


Saint-Omer

Contrairement à l’est de la région, Saint-Omer ne profite pas de la révolution industrielle. L’architecture balance entre académisme et historicisme: école de Musique, école des Beaux-Arts, collège Saint-Bertin - marqué par le néogothique anglais -, bibliothèque municipale dont la façade (avec ses inscriptions) est traitée comme un index des célébrités locales. Le programme le plus ambitieux est le bâtiment néoclassique de l’hôtel de ville associé à un théâtre à l’italienne, achevé en 1840 par l’architecte Lefranc. Le long des anciennes fortifications, un jardin public est aménagé sous la IIIe République, avec un kiosque à musique, un arboretum et un parterre à la française.