Profitant d’une courbe de l’Escaut, Cambrai se développe dans un paysage de plaines ondulées au sud, constituées de limons fertiles et de marnes. Simple bourg au carrefour de voies romaines, Cameracum devient chef-lieu de la tribu gauloise des Nerviens au IVe siècle en remplacement de Bavay. Ce castrum de faible superficie -un peu plus de 4 ha- prend son essor au VIe siècle en devenant siège épiscopal. Une cathédrale est construite en bordure du noyau gallo-romain. Une abbaye, création de saint Géry, l’un des grands évangélisateurs de la région, lui répond en contrepoint au Mont-des-Bœufs. Entre ces deux pôles, la ville grandit.

 

A la fin du VIIe siècle, le paysage urbain est ponctué par au moins sept établissements religieux dont la cathédrale. Tiraillée au lendemain du traité de Verdun entre deux royaumes, Cambrai est aussi écartelée entre son comte et son évêque. Ce dernier s’impose peu à peu comme le protecteur de la cité. Les évêques successifs favorisent la création d’édifices religieux et, du IXe au XIe siècle puis au XIVe siècle, contribuent à l’agrandissement
et l’amélioration des fortifications urbaines.

 

Du XIVe au XIXe siècle, les limites de la ville restent inchangées. Cependant, au XVIe siècle, l’abbaye Saint-Géry au Mont-des-Bœufs est détruite sur ordre de Charles Quint afin d’édifier une citadelle sur le point culminant de la ville. En même temps, 700 à 800 maisons sont rasées. Les occupants migrent en partie vers l’ouest de la ville et y développent un nouveau quartier. La ville ne change plus guère jusqu’à la fin de l’Ancien Régime même si Louis XIV la rattache à la couronne en 1677. L’influence française se fait sentir: de nouveaux rangs de maisons, à l’ordonnance régulière, s’alignent rue de l’Aiguille ou de Selles. La Révolution provoque la disparition de la plupart des établissements religieux, notamment la cathédrale métropolitaine. Petite capitale rurale, dotée d’une industrie agro-alimentaire et d’ateliers textiles, Cambrai accueille le chemin de fer en 1858. Un centre surpeuplé, une croissance démographique régulière et une bande d’1,5 km de terrains non constructibles (car militaires) qui séparent la ville de ses faubourgs suscitent de gros problèmes d’hygiène, logement et communication.

 

Dès le Second Empire, la municipalité réclame le déclassement de ses fortifications pour les détruire. L’autorisation en est donnée en 1892. Place forte de la ligne Hindenburg, Cambrai est touchée de plein fouet par la première guerre mondiale. En 1919, le centre-ville est entièrement redessiné par l’architecte Leprince Ringuet suivant un plan rationnel. Les fonctions commerciales, bancaires et administratives sont alors regroupées autour de la place principale. Après les dégâts considérables de la seconde guerre, l’ancienne place au Bois est restructurée. La ville se dote alors de nouveaux quartiers périphériques, essentiellement pavillonnaires. La création d’un pôle universitaire et la rénovation du musée des Beaux-Arts (1994) affirment les ambitions culturelles de la ville au moment même où des projets d’urbanisme cherchent à unir 600 ans d’architecture dans un même espace visuel.

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