Des rues bordées de maisons à pans-de-bois, un châtelet à deux tours couronné de mâchicoulis, des édifices religieux représentatifs de l’art breton entre le XIe et le XVe siècle, tel est le patrimoine du Moyen Age. Le seul témoignage de l’époque romane est donné dans l’ancienne abbaye bénédictine (Notre-Dame-en-) Saint-Melaine par une croisée du transept et une tour-porche à voûte d’entrée et arcs latéraux romans. Le gothique s’y exprime par un chœur conventuel très important et les fenêtres hautes de la nef. La chapelle Saint-Yves (autrefois attenante à l’hôpital du même nom) allie décor flamboyant et finesse ligérienne sculptée dans le tuffeau. Elle accueille l’exposition permanente "Rennes, ville d’Art et d’Histoire" (dès décembre 1997). De l’installation des ordres mendiants perdurent le couvent des jacobins fondé au XIVe siècle, l’escalier à pans-de-bois, souvenir des carmes, au sud de la Vilaine (rue Vasselot). L’église Saint-Germain, encore appelée église des marchands merciers de la ville et le retable gothique anversois présenté dans la cathédrale Saint-Pierre témoignent de la prospérité économique des XIVe et XVe siècles. Rennes a conservé de son enceinte édifiée au IIIe siècle et reprise au XVe siècle, la muraille qui conduit de la croix de la Mission aux portes Mordelaises. Ses portes piétonnes et charretière, encadrées de deux tours, sont pourvues d’un boulevard et d’un pont-levis en cours de reconstruction. En ce lieu, évêque et ducs devaient, avant d’être investis, jurer "de défendre les droits et privilèges de la Bretagne." Du fait de la présence de forêts autour de la ville, la tradition médiévale de la construction du pan-de-bois, caractérisée par robustesse, solidité et qualité de mise en œuvre, se prolonge au-delà des limites du Moyen Age. Aujourd’hui restaurées, ces maisons sont empreintes de beaucoup de charme (rues du Chapitre, de la Psalette)...

 


Maisons à pans-de-bois, hôtels particuliers et quelques porches d’églises se partagent l’expression de la Renaissance. Aux rues du Chapitre, Saint-Michel, de la Psalette, les maisons accolées affichent les caractéristiques de la première Renaissance avec leurs arêtes vives et leurs profils humains alors que les sablières, plus typiques de la seconde Renaissance, figurent dauphins, grotesques, entrelacs et rinceaux. Les unes et les autres ont en commun leurs partis colorés, résultat d’une restauration réussie. Les hôtels particuliers associent pierre au rez-de-chaussée, bois aux étages et toits à l’impériale (place des Lices), ou font cohabiter réminiscence gothique et esprit nouveau (hôtel de Robien, rue Lebastard).

 


Le XVIIe siècle est marqué par l’édification d’un palais pour abriter le parlement de Bretagne, cour de justice souveraine. C’est "le grand chantier" qui exprime dans la pierre et le décor toute l’importance de cette fonction. L’intervention de Salomon de Brosse sur la construction, qui dure un siècle (1618-1655 pour l’architecture; 1655-1706 pour le décor), marque l’arrivée de l’art royal et parisien à Rennes et se concrétise par l’usage de l’alternance des matériaux qui marque la ville (granit au rez-de-chaussée, tuffeau à l’étage) et par le très beau parti unitaire de la toiture en façade. Il révèle par ses décors une page de l’histoire de l’art du XVIIe siècle français dont la Grand Chambre en constitue le joyau, à travers un plafond en bois doré, à caissons, peint par Coypel et Errard. Incendié en février 1994, le Parlement vient d'être restauré. Parallèlement, le XVIIe siècle se caractérise par la construction de l’église des Jésuites, de palais abbatiaux (Saint-Georges, Saint-Melaine) et d’hôtels particuliers pour nobles parlementaires tels que l’hôtel de Brie (rue du Chapitre), du Molant (place des Lices) privilégiant dans la première moitié du siècle un décor à pilastres, frontons et niches puis, des frontons triangulaires ou cintrés et des corniches à modillons, avant de se simplifier au XVIIIe siècle pour se concentrer sur les agrafes des ouvertures telles qu’à l’hôtel de Blossac. L’incendie de 1720 appelle la reconstruction conduite par les Gabriel (père et fils) qui privilégie l’image du roi à travers deux places royales: la place du Parlement-de-Bretagne bordée d’immeubles à arcades de granit surmontées de deux étages en tuffeau et d’un toit à la Mansart. Elle présentait en son centre la statue équestre de Louis XIV. La seconde appelée place Neuve reçoit un édifice public bâti pour "l’immortalité" avec en son centre une niche figurant Louis XV autour de laquelle s’articulent l’hôtel de ville et le présidial au XVIIIe siècle.

 


L’urbanité veut un théâtre, place de l’Hôtel-de-Ville, qui par sa rotondité néo-classique répond au parti incurvé de l’édifice de Gabriel. L’hygiénisme réclame la canalisation de la Vilaine et la construction de halles dessinées par Jean-Baptiste Martenot à la façon de Baltard, place des Lices. Mais l’architecture métallique investit aussi l’habitat privé tel l’immeuble Valton... Henri Labrouste, l’architecte de la Bibliothèque Nationale, est appelé pour bâtir le Grand Séminaire aujourd’hui transformé en faculté de Sciences Economiques. L’arrivée du chemin de fer en 1857 entraîne l’édification de la gare "néoclassique" et la création de nouveaux boulevards tels que l’avenue Janvier bordée en partie par le lycée Impérial, appelé de nos jours Emile-Zola pour avoir accueilli le second procès Dreyfus. De nombreux hôtels particuliers sur les quais, esplanade du Champ-de-Mars, sont construits, de style néogothique et en ciment place Hoche, néo-palladien pour l’hôtel de Courcy (siège du Conseil régional), dans le style balnéaire, quartier Sévigné. Les frères Bülher sont appelés à Rennes pour dessiner le jardin de la résidence de l’imprimeur Oberthür, aujourd’hui propriété municipale. La ville leur confie le Thabor, ancien verger des moines bénédictins de Saint-Melaine et ses dix hectares au cœur de la cité.

 


Un panthéon au cœur de l’hôtel de ville (1922), une piscine Art déco datée de 1925 et rehaussée par les mosaïques d’Odorico qui marque de ses motifs immeubles, halles (boulevard de la Liberté) et maisons (avenue Janvier), tels sont les chantiers de l’entre-deux-guerres. Capitale régionale, Rennes l’affirme aujourd’hui dans son architecture et son art public: la cité judiciaire, la chambre régionale de la cour des Comptes (Beauregard) dessinée par Christian Hauvette, l’école d’Architecture (boulevard de Chèzy) voulue par Patrick Berger pour suivre le fil de l’eau, le lycée Coëtlogon, les fontaines de Parmiggiani, de Sylvain Dubuisson...
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