Il faut imaginer des hameaux au Ier siècle avant J.-C. implantés sur les plateaux au-dessus de l’Odet: le camp retranché à triple enceinte de Kercaradec, le village du Braden ou les forges de Kermoysan. Après la conquête romaine, se crée une ville au bord de l’Odet dont le nom Aquilonia, la cité de l’Aigle, n’apparaît qu’au XIe siècle. Occupé par des commerçants et des artisans, le site de Locmaria a révélé des céramiques d’importation, des statuettes votives et une production locale d’urnes funéraires, tuiles et briques. Un autel a été découvert à la nécropole de Creach’Maria (actuel bénitier de l’église de Penhars); un autre -orné d’un phallus-, au pied du mont Frugy (au musée Breton).

 


L’existence du roi Gradlon -à qui la légende attribue la fondation de la ville autour des Ve ou VIe siècles- ainsi que la fondation d’un évêché remonteraient à l’époque carolingienne. La cathédrale s’implante sans doute à l’emplacement d’un castrum. Les limites de ce dernier correspondent à la place de la Cathédrale qui en effet s’est appelée "tour du Chastel". Le comte de Cornouaille fonde l’abbaye bénédictine de Locmaria en 1020, rattachée par la suite à Saint-Sulpice de Rennes, elle-même dépendant de l’abbaye de Fontevrault. En 1239, l’évêque Rainaud entreprend la construction d’une nouvelle cathédrale. D’origine française, il accompagne l’administration mise en place par le duc Pierre de Dreux, cousin de Philippe Auguste. Cette influence française introduit l’architecture gothique, notamment les arcs boutants qui restent cependant d’usage limité en Bretagne. Consacré vers 1280, le chœur n’est d’ailleurs voûté qu’en 1410. Dès les débuts du XIIIe siècle, la ville est entourée de remparts avec quatre portes principales. Les franciscains fondent un couvent à l’intérieur de la ville des évêques, tandis que la duchesse Constance entreprend la construction d’un château fort au confluent du Steïr et de l’Odet (1209). Le XVe siècle voit en 1424 poser la première pierre des tours de la cathédrale. Leur silhouette encadrant le portail occidental influence les constructions de toute la Cornouaille: Locronan, Pont-Croix... L’utilisation de la pierre fine de Kersanton pour la sculpture ou le raffinement des ateliers de verriers se retrouvent dans les églises du siècle suivant. Le pouvoir ducal et son administration sont alors à l’origine de la définition d’un véritable style régional.

 


Très marqué par l’esthétique gothique, le palais des Evêques (1508) apparaît néanmoins comme porteur de nouveauté. Ainsi, la tour d’escalier en vis présente une ligne de mâchicoulis à la fonction uniquement décorative. La plupart des maisons des chanoines s’inspirent du palais des Evêques (rue du Guéodet). Les maisons à pans-de-bois du XVIe siècle s’élèvent sur de forts encorbellements. Les poteaux sont traités comme des pilastres à décor d’arabesques associés à des accolades (rue Saint-François) ; dans d’autres cas, le rez-de-chaussée est orné de sculptures de personnages en costume de l’époque d’Henri II (rue du Guéodet). Le rattachement de la Bretagne au royaume entraîne la mise en place de l’administration et des juridictions royales (présidial) et l’arrivée d’une noblesse de robe qui parfois construit des hôtels particuliers (hôtel du Coq). Cette évolution démographique provoque la reconstruction des hôpitaux (Saint-Antoine, Sainte-Catherine). Dans la terre au Duc, l’église Saint-Mathieu, reconstruite, est dotée d’une maîtresse vitre consacrée à la Passion du Christ d’après un carton flamand du XVIe siècle.

 


Dès leur arrivée en 1620, les jésuites érigent leur collège dans les jardins appartenant au chapitre, à l’intérieur du rempart. La chapelle édifiée sur les plans du frère Martellange rappelle celle du noviciat des jésuites à Paris. A l’est de la ville, sur une hauteur, s’implante le séminaire (1669). La terre au Duc accueille des ordres religieux: ursulines autour de l’église Saint-Mathieu (1621), calvairiennes près du manoir de la Palue (façade de 1663), capucins, cordelières et dames de la Retraite (bâtiment de 1713). L’abbaye de Locmaria est reconstruite et les sœurs font édifier le prieuré (1646). Le palais épiscopal, détruit pendant les guerres de la Ligue, est reconstruit en 1645 dans un style marqué par la rigueur. Quelques hôtels particuliers adoptent cette ornementation avec des corniches très saillantes (maison du Sénéchal). Les encorbellements et les croix de Saint-André disparaissent cependant peu à peu des maisons à pans-de-bois. La qualité médiocre des bois (la marine est prioritaire) et le rapprochement des poteaux laissent supposer que dès cette époque, la plupart des façades sont enduites et tendent par leurs percements à imiter l’architecture en pierre. Au XVIIIe siècle, la ville se transforme au nom du confort et de l’hygiène. Les portes sont démolies pour faciliter la circulation à partir de 1755. Le rempart lui-même cède la place à l’ouest à une rue (du Pichery) qui donne accès au champ de foire gagné sur les douves au nord de la ville. Après l’incendie de 1762, la ville commande un plan en 1764 pour rectifier le tracé des rues: élargissements, alignements, interdiction de la construction en bois. Une partie de ce plan est mise en œuvre à l’entrée de la rue Keréon. Le siècle suivant tente de le poursuivre. Les premières plantations d’arbres ont lieu le long de l’Odet (rue du Parc).

 


Avec la Révolution, la ville devient chef-lieu du département du Finistère en 1790. Sous l’Empire, le port se développe et les quais sont construits en pierre. A l’est, l’hôpital est créé en 1801 dans l’ancien séminaire. Les propriétés de l’Eglise sont réaffectées et d’anciens jardins de couvents deviennent une place dédiée à la Révolution (place de la Tour-d’Auvergne). Les seules constructions concernent le palais de justice (1829), la mairie (1831), les halles en 1843 à l’emplacement du couvent des Cordeliers et surtout la gare (1864). Celle-ci est à l’origine de l’aménagement de l’Odet qui est canalisé pour libérer un boulevard le long du rempart. La bourgeoisie construit alors des hôtels particuliers rive gauche. Des passerelles leur offrent des accès privés à la vieille ville. L’architecte départemental et diocésain Joseph Bigot réalise les travaux d’importance: musée des Beaux-Arts (1866), écoles, construction des flèches de la cathédrale (1854-1856). Le quartier de Saint-Mathieu, transformé par les réaffectations des couvents, voit sa population augmenter. Une nouvelle rue est percée dans la direction de Douarnenez. L’église Saint-Mathieu est reconstruite en 1896. Des conserveries s’implantent le long du Steïr.

 


Les aménagements se poursuivent: construction du théâtre (1903) et de la préfecture (1909), en forme de château néo-gothique. Des industries s’implantent face à Locmaria ainsi que la première cité ouvrière (1930). Les années 30 voient l’architecte Olier Mordrel édifier sur le boulevard de Kerguelen une maison en béton à décor de céramique bleue et toit terrasse (1933). L’année suivante, ce dernier conçoit le garage Renault en face du rempart. Max Jacob, né à Quimper, fait les beaux jours du café de l’Epée. Après la création du grand Quimper, en janvier 1960, la ville accueille des quartiers modernes à Penhars. En 1982, un bâtiment en verre construit sur les quais face à la cathédrale, abrite le conseil général. Richard Rogers dessine l’usine Fleetguard. A l’ouest, la zac de Creach Gwen reçoit des équipements comme la piscine de l’architecte A. Sarfati (1991) ou le pôle universitaire du quimpérois J. Bodereau. En 1994, une commande publique confiée à E. Garouste et M. Bonnetti donne à la ville une nouvelle passerelle dédiée à la mémoire de Max Jacob. Dans la terre au Duc, le couvent des Ursulines, abandonné par l’armée, abrite l’école des Beaux-Arts, voit l’arrivée du centre d’art contemporain et la construction d’une nouvelle salle de spectacle sur les plans de Michelin et Geitel.
Photos