L’occupation du site de Rouen est attestée entre autre par la découverte archéologique d'une pirogue monoxyle datée d'environ 900 avant J-C (fin de l'Age du Bronze).

 


L’axe principal du tracé orthogonal de l'urbanisme romain (cardo) a pu être reconnu dans les rues des Carmes et Grand Pont. Des vestiges du rempart du IVe siècle sont visibles rues des Vergetiers, de la Poterne et des Fossés Louis VIII. Un vaste amphithéâtre est localisé au nord, près du Donjon. Les fouilles récentes confirment l’existence d’un centre monumental au nord du Palais de Justice.

 


L’identité religieuse de Rouen se confirme à l’époque médiévale. Le développement du groupe archiépiscopal et des fondations monastiques s’accompagne de la création de nombreuses paroisses (35 à la fin du Moyen ge).
Construite à l'emplacement de l’église romane dont subsiste la crypte, la cathédrale Notre-Dame témoigne de l'évolution de l'art gothique de la fin du XII
e au début du XVIe siècle. Le chantier démarre par la tour Saint-Romain (milieu XIIe siècle) pour s’achever au milieu du XIIIe siècle par le chœur et le transept. L’édifice fera encore l’objet de transformations et d’embellissements pendant trois siècles. La tour-lanterne à la croisée du transept est caractéristique de l'architecture normande. La chapelle des Ordres et la tour de guet, visibles de la rue Saint-Romain, constituent les seuls vestiges de l’archevêché des XIIIe et XIVe siècles. Le palais actuel édifié à partir de 1459 par le cardinal d’Estouteville sera embelli au début du XVIe siècle par le cardinal d’Amboise.
Dépassant par ses dimensions la cathédrale, l'abbatiale Saint-Ouen, chef d’œuvre du gothique rayonnant, saisit par l’élan de sa nef exempte de chapelles et par les lignes verticales des piliers ininterrompus. Bien que sa construction ait duré plus de deux siècles (de 1318 à 1549), le monument est d'une parfaite homogénéité. Les murs percés sur trois niveaux de fenêtres, dont les admirables verrières (XIV
e-XVIe siècles) ont été conservées, lui procurent une luminosité exceptionnelle.
Parmi les églises paroissiales, Saint-Maclou (1436-1521) représente l’apogée de l’art gothique flamboyant. Très ouvragée à l’extérieur, sa façade occidentale aux hauts gâbles ajourés s’ouvre sur un porche à cinq pans disposé en arc de cercle.
Les maisons à pans de bois sont restées longtemps le mode de construction le plus répandu à cause du prix élevé de la pierre. Quatre-vingt-quinze maisons médiévales, reconnaissables à leur encorbellement, sont encore visibles, dont dix datent de la fin du XIV
e siècle.

 


Parallèlement à l’épanouissement de l’art gothique, l’introduction précoce de la Renaissance marque l’architecture rouennaise au début du XVIe siècle. Cette nouvelle esthétique urbaine initiée par le cardinal d’Amboise, archevêque de Rouen de 1494 à 1510, qui fut gouverneur du Milanais, est l’œuvre principalement de l’architecte Roulland Le Roux. En témoignent de nombreux monuments civils comme le Palais de Justice construit à partir de 1499 pour abriter l’Echiquier permanent, le Bureau des Finances (1509), premier édifice à adopter un vocabulaire ornemental inspiré de l’Italie (pilastres à candélabres, grotesques, médaillons, putti). L'Hôtel de Bourgtheroulde, riche demeure aristocratique, s’agrémente d’une galerie à l’italienne ornée de bas-reliefs illustrant les Triomphes de Pétrarque et l'entrevue du Camp du Drap-d'Or (1520).
Symbole du pouvoir communal, le Gros Horloge (1527-1529) dont l’arcade sculptée illustre la Parabole du Bon Pasteur, accueille les cadrans dorés et polychromés de l’horloge située dans le beffroi médiéval contigu. L’Aître Saint-Maclou, créé lors de la Peste Noire (1348) pour suppléer au cimetière paroissial, est doté à partir de 1526 de galeries surmontées d’un comble servant d'ossuaire dont les façades à pans de bois ornées de motifs funèbres font écho à une Danse macabre sculptée sur des colonnes à chapiteau d’un modèle typiquement rouennais.

 


L'empreinte du classicisme est également présente dans la ville natale de Pierre Corneille (1606). L'installation d'établissements de la Contre-Réforme enrichit son patrimoine religieux. Le Collège des Jésuites (aujourd’hui lycée Corneille) créé en 1593 est réédifié aux XVIIe et XVIIIe siècles. Sa vaste chapelle (1615), dédiée à saint Louis, associe éléments gothiques et apports classiques. Parmi les nombreuses églises conventuelles, citons celle des Minimes (1602-1611) et celle des Bénédictines de Saint-Louis (1683). Le dortoir de l'abbaye de Saint-Ouen reconstruit au XVIIIe siècle, est doté d'une belle façade sur jardin et d'un escalier monumental à double révolution. La décoration des églises connaît également un renouvellement (mobilier, tableaux, retables, grilles).
A partir de 1607, le vétuste hôtel de ville, rue du Gros Horloge, laisse place à un édifice à bossages de style florentin. Bien qu'édifié à deux époques distantes, l'Hôtel-Dieu (XVIIe-XVIII
e siècles) témoigne d'une unité de style perceptible dans l'ordonnance régulière de ses bâtiments. Sa chapelle (1773-1781), aujourd'hui église de la Madeleine, présente en façade un fronton triangulaire supporté par quatre colonnes corinthiennes cannelées.
Regroupés en majorité au nord de la ville, les hôtels particuliers, témoins de l’activité parlementaire de Rouen, vont se multiplier au XVIII
e siècle. L’hôtel Bézuel (5-7 rue du Sacre) au magnifique portail et la série de la rue Saint Patrice avec les hôtels d'Arras et de Girancourt illustrent le XVIIe siècle. L’hôtel de Coquereaumont (22 rue Beffroy) ainsi que le bel alignement des hôtels Rondeaux, rue de Crosne sont représentatifs du XVIIIe siècle.

 


La diversité des styles architecturaux du XIXe siècle se retrouve dans de nombreux monuments. Ainsi, la façade de l'hôtel de ville (ancien dortoir des moines de Saint-Ouen) donnant sur la place est transformée à partir de 1822 par l’adjonction de deux pavillons et d'un péristyle. L'aile est du Palais de Justice est reconstruite dans un style néo-gothique (1844-1853). Le musée des Beaux-Arts (1877-1888) offre un bel exemple d’architecture néo-classique.
Les grandes artères percées au cours des travaux d'urbanisme du XIX
e siècle se parent d'immeubles richement décorés, construits pour la plupart en brique et pierre. Ceux de la rue Jeanne d'Arc s’ornent de corniches, de frontons, de balcons, de colonnades et de cariatides (n°66). L'utilisation du plâtre comme substitut de la pierre sur les maisons à pans de bois ou sur les immeubles en brique se généralise. Les hôtels particuliers, symboles d'une ascension sociale, gardent toute leur importance. Ainsi, l'hôtel Levavasseur construit en 1826 dans un style classique dont l'intérieur présente un somptueux décor pompéien.

 


La gare de voyageurs, rive droite (1912-1928), témoigne d'une utilisation précoce du béton armé tandis que la façade et le campanile Art nouveau sont réalisés en pierre de taille. Sur le plateau des Sapins, l'église Saint-Jean Eudes (1926-1929) s'élève, originale par sa forme néo-byzantine et son décor normand de briques et de silex.
Place du Vieux-Marché, l'église Sainte-Jeanne d'Arc (1975-1979) due à Louis Arretche, associe de façon spectaculaire une architecture contemporaine aux verrières du XVI siècle de l'église Saint-Vincent détruite pendant la dernière guerre.