L’importance de la ville est incontestable. La culture des moines irlandais, l’excellence de l’école épiscopale, les pôles intellectuels constitués par les abbayes urbaines Saint-Vincent et Saint-Jean et leur scriptorium, le choix enfin de Laon comme capitale et refuge des Carolingiens ont largement contribué à accroître cette renommée. La riche collection de manuscrits conservés à la bibliothèque en constitue une partie de la mémoire. La ville renouvelle complètement sa physionomie aux XII
e et XIIIe siècles, révélant ainsi la prospérité du temps. Vers 1240, l’enceinte fortifiée est réédifiée et englobe désormais le bourg et la partie occidentale de la ville. Cet ensemble de plus de 6 kilomètres de long est aujourd’hui conservé ainsi que trois grandes portes (portes d’Ardon, des Chenizelles et de Soissons). Il témoigne du caractère inexpugnable de la ville. Chef d’œuvre du premier art gothique par son architecture, sa sculpture et ses vitraux, la cathédrale Notre-Dame est reconstruite à partir de 1150. Le nouveau chevet plat ainsi que les tours sont terminés avant 1230. Sont également construits à cette époque l’hôtel-Dieu (XIIe siècle), le cloître et la salle capitulaire (XIIIe siècle), les chapelles superposées du palais épiscopal et leur charpente (XIIe siècle) ainsi que la grande salle de l’Evêque (XIIIe siècle). De même que les abbayes Saint-Vincent et Saint-Jean, la nouvelle abbaye Saint-Martin, fondée par saint Norbert en 1124, deuxième en dignité dans l’ordre de Prémontré, reconstruit son église. Contemporaine de la cathédrale, dans un style austère et proche de celui des cisterciens, celle-ci est conservée. Antérieure, la petite chapelle octogonale des Templiers (vers 1140) subsiste également, abritant le fameux gisant transi de Guillaume de Harcigny, médecin laonnois de Charles VI. Le bâti médiéval est encore perceptible dans les vieilles demeures et dans leurs caves.

 


L’esprit de la Renaissance entraîne quelques transformations. 11% des maisons anciennes sont reconstruites entre 1530 et 1580. Des refuges d’abbayes voisines, hôtels ou maisons de ville dans la cité épiscopale, sont aussi édifiés. Témoin le Petit-Saint-Vincent (1529-1534), dont l’escalier sur cour, dans œuvre et à retours inscrits dans une travée, illustre les prémices d’un art nouveau. L’auditoire de justice de l’évêque, rue Châtelaine, est daté de 1571. De la décennie 1570-1580 sont aussi datables la majorité des 28 clôtures de chapelles de la cathédrale formant un ensemble homogène. L’extrême fin du XVIe siècle est marquée par l’édification d’une citadelle (1595-1598, puis remaniée) imposée par Henri IV à la ville ligueuse.

 


La construction de la citadelle a entraîné la démolition de 300 maisons et de la grande halle. Ce bouleversement suscite un regain de construction de maisons et d’hôtels dans le reste de la ville qu’affirment quelques portails monumentaux. L’ancienne auberge de la cour du Dauphin est desservie par une belle galerie en bois datée de 1626. Mais l’époque est surtout marquée par l’apparition ou la transformation d’établissements religieux: le logis abbatial en brique et pierre de Saint-Martin (autour de 1620), le couvent de la nouvelle congrégation des sœurs de Notre-Dame (entre 1624 et 1632), le séminaire et l’hôpital général commencés en 1670 et 1677, l’église paroissiale Saint-Remi au Velours reconstruite en 1675. Au XVIIIe siècle, alors que l’hôtel de ville s’orne d’une nouvelle façade en 1736, les trois grandes abbayes urbaines Saint-Jean, Saint-Vincent (palais abbatial de 1771) et Saint-Martin (escalier monumental de 1736 et cloître) reconstruisent leurs bâtiments conventuels.

 


La Révolution bouleverse une cité marquée par la prédominance du clergé. L’évêché est supprimé. De douze, le nombre de paroisses passe à deux. De nombreux édifices religieux sont alors détruits ou reconvertis, tels l’ancienne abbaye Saint-Jean qui devient le siège de la préfecture, l’ancien palais épiscopal occupé aujourd’hui par le tribunal de grande instance, l’ancienne collégiale Saint-Jean du Bourg transformée en habitations privées... La municipalité procède à des aménagements urbains. Un nouvel hôtel de ville est édifié et une place aménagée là où se trouvait l’ancien château royal. Des plans d’alignement sont mis en œuvre. Des solutions sont apportées aux problèmes de l’accès à la ville haute (nouvelles rampes vers 1850), de l’adduction d’eau et de l’assainissement. La construction de la Caisse d’Epargne, de l’école Normale (1879-1881) et du grand lycée National (1884-1887) illustrent les préoccupations de l’époque. Des casernes (1840, 1880), arsenaux et poudrières (1840, entre 1870 et 1880), le poste optique du fort Morlot commandant le dispositif "Séré de Rivière" (1879), la réalisation d’un plan-relief (1854-1858) montrent que la valeur stratégique de la place forte de Laon est maintenue. D’importants travaux de restauration sont entrepris sur la cathédrale par Emile Bœswillwald, disciple de Viollet-le-Duc. Un musée se constitue dès 1850.

 


A la veille de la Grande Guerre, la butte de Laon perd son intérêt stratégique. En "ville basse", les faubourgs prennent désormais une importance déterminante et concentrent une bonne partie des constructions modernes liées aux plans d’aménagement, de reconstruction et d’embellissement consécutifs aux deux conflits mondiaux. Sur le plateau, la municipalité gère son patrimoine ancien, privé ou public: la maison des Arts et Loisirs, centre culturel, s’établit sur l’ancien hôtel-Dieu, entre temps converti en marché couvert (1970); les bâtiments de l’ancienne abbaye Saint-Martin accueillent la bibliothèque municipale (1980); le POMA, premier métro câblé de France, relie la ville basse et le plateau. Depuis 1991, l’office de tourisme, installé dans l’ancien hôtel-Dieu du XIIe siècle, présente une copie à l’identique du plan-relief de la ville.
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