Grasse



Grasse n’apparaît dans les textes qu’à partir de 1060, mais des fouilles ont mis au jour de nombreux vestiges. Près des Gorges du Loup, les cultures moustériennes sont attestées, le paléolithique supérieur comme le mésolithique sont notés dans des grottes ou dans des sites de surface de la proche commune de Saint-Cézaire par exemple. Le néolithique est également bien représenté. La quasi totalité des résultats de ces fouilles sont réunis au musée d’Art et d’Histoire de Provence à Grasse.


La population autochtone de la fin de l’âge du fer semble avoir été assez vite assimilée par les Romains. Les enceintes de pierres sèches qui protégeaient leurs camps sont visibles sur de nombreux sommets entourant la ville. Des éléments, tel un superbe buste en marbre de l’empereur Auguste trouvé dans le proche village du Tignet, semblent indiquer une certaine prospérité de la région.



Le premier habitat médiéval, situé sur le sommet du Puy, à un carrefour primordial sur la route des Alpes, apparaît sans doute au début du XIe siècle. Le trafic entre Castellane et Nice délaisse alors le chemin de hauteur passant par la métropole romaine de Vence pour privilégier la route de Grasse. Le village primitif, constitué d’une tour seigneuriale, d’une église et de quelques maisons s’agrandit vite et s’échelonne sur le flanc d’un coteau. Au XIIe siècle, Grasse, érigée en consulat indépendant depuis 1138, traite directement avec les villes de Gênes et de Pise. En 1227 le comte de Provence reprend la ville. Les années 1350 sont très sombres : pestes, guerres, se succèdent. La chaotique succession de la reine Jeanne entraîne des luttes dynastiques. Grasse perd la moitié de sa population. En 1483 après la mort du roi René resté sans héritier, Louis XI la fait entrer dans le royaume de France. En 1244, l’évêché d’Antibes est transféré à Grasse et on édifie un ensemble épiscopal unique en Provence. La cathédrale, édifice d’inspiration lombarde est construite dans un calcaire dur. Jouxtant le lieu de culte se situe le palais épiscopal. La tour carrée, élément le plus ancien du palais, commandait l’enceinte fortifiée de la cité épiscopale. Au XIIIe siècle, Grasse est enserrée par un long rempart percé de portes défendues par des tours, qui s’élargit dès les troubles du XIVe siècle pour englober la totalité de la ville.



Ville frontière depuis l’annexion de la Provence à la France, Grasse n’est pas épargnée par les troubles du XVIe siècle. En 1536, Charles Quint franchit le fleuve Var et une partie de ses armées se dirige vers la ville, livrée au pillage et en partie incendiée. Puis la ville est durement frappée par les guerres de Religion, fidèle à Henri IV elle s’oppose à la Ligue. En 1827, le sieur Pérolle lègue aux hospices de Grasse trois tableaux que Pierre-Paul Rubens (1577-1640) avait peints pour la chapelle Sainte-Croix de Jérusalem à Rome, visibles dans le collatéral sud de la cathédrale.



Le XVIIe siècle est une période de sérénité, la bourgeoisie commerçante est prospère : la parfumerie connaît un véritable essor. On édifie de nouvelles demeures aux belles cages d’escaliers lumineuses, rythmées par de larges paliers et décorées de stucs, de balustres, de statues. Les boulevards sont créés, ainsi que, vers 1684, une grande esplanade, le Cours, " bien autrement belle que celle de Saint-Germain " dira Stendhal. A la fin du siècle, le premier hôtel particulier hors les murs est édifié pour la famille Villeneuve-Esclapon. Le musée Jean-Honoré Fragonard y est actuellement installé. En 1714, Monseigneur de Mesgrigny, évêque de Grasse, fait creuser une crypte sous la cathédrale et édifier la belle chapelle du Saint-Sacrement, décorée par Fragonard d’un Lavement des pieds. De nombreux hôtels particuliers sont construits en ville : hôtel Gazan de la Peyrière, Théas Thorenc, ornés de belles portes et de fer forgé ; et à la périphérie : hôtel de Clapiers Cabris, actuel Musée d’Art et d’Histoire de Provence, hôtel de Pontevès, qui abritera le tribunal révolutionnaire. La tourmente révolutionnaire n’épargne pas la ville, la guillotine est installée sur le square du Clavecin. Des talents d’orateurs se révèlent tels ceux de Maximin Isnard ou de Mirabeau, frère de la marquise de Clapiers Cabris.



Grasse se spécialise dans la production de matières premières de parfumerie et adapte à cette activité les principes issus de la révolution industrielle. De nouvelles machines et de nouvelles techniques d’extraction sont inventées, en particulier l’extraction par solvants volatils pour laquelle l’industriel grassois Léon Chiris acquiert les premiers brevet en 1894. Le succès grandissant des parfums entraîne une expansion des besoins en matières premières végétales fraîches. C’est pourquoi, en quelques années, les campagnes environnantes se couvrent de plantes à parfum dont la qualité fait l’unanimité. Les parfumeurs installent leurs usines à la périphérie de la ville dans les anciens couvents désaffectés lors de la Révolution française. Parallèlement, Grasse devient un lieu de villégiature. La reine Victoria y séjourna, la baronne Alice de Rothschild y possédait un domaine de 135 hectares. La princesse Pauline, sœur de Napoléon, aimait s’y reposer l’hiver : du jardin qui porte son nom on découvre le panorama de la ville.



La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle constituent une période de mutation pour l’industrie de la parfumerie. Les unités de production sont transférées à la périphérie de la ville, dans des usines nouvelles. La façade du Musée international de la Parfumerie est celle des anciens locaux de la parfumerie Hugues Aîné, construite au milieu du XIXe siècle, seul vestige industriel de prestige. Sa remarquable collection d’objets illustre l’importance de l’utilisation des fards et des parfums de l’Antiquité à nos jours. Grasse est également une destination touristique prisée. Au début du siècle, Grasse s’enrichit d’hôtels de luxe et de vastes propriétés agrémentées de jardins d’une splendeur hors du commun. L’architecte Le Bel édifie la villa Fiorentina pour Eugène Charabot, le vicomte de Noailles crée un jardin méditerranéen, célèbre pour ses essences rares. Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux artistes trouvent refuge à Grasse et dans sa région comme Jean Arp et Sophie Taeuber, Sonia Delaunay, Alberto Magnelli...



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