La fondation de la colonie romaine d’Arelate en 46 avant J.-C. par Jules César entraîne une véritable réorganisation de la ville indigène. La mise en place du réseau viaire, de l’enceinte et des principaux monuments n’est pourtant datée que de la fin du 1er siècle avant J.-C., sous le principat de l’empereur Auguste. Le quadrillage de rues organisé autour de six axes principaux nord-sud (le cardo) et est-ouest (le decumanus), est encore bien perceptible. Les monuments publics s’inscrivent dans cette trame : forum au coeur de la cité, théâtre à flanc de colline. La ville était entourée par une enceinte. Des restes de docks ont été trouvés à Trinquetaille, confirmant l’importance vers l’amont, du port et des chantiers navals d’Arles. L’amphithéâtre est édifié vers 80 mais c’est seulement à partir de 149 que le cirque va être construit le long du Rhône, à l’extérieur des murailles. Au IVe siècle sont édifiés les Thermes de Constantin. Le rôle politique et religieux d’Arles se renforce avec le transfert d’administrations impériales, les séjours de l’empereur Constantin et la tenue de conciles dont celui, très célèbre, de 314. Le cimetière des Alyscamps prend une ampleur considérable grâce à la vénération du martyr saint Genest, greffier romain décapité à Trinquetaille et enterré aux Alyscamps.

 


Pendant tout le Haut Moyen Age, Arles reste la plus grande cité provençale. Une vaste cathédrale est construite au VIe siècle (en cours de fouilles). Le groupe épiscopal a été transféré vraisemblablement avant le IXe siècle au centre de la ville, sur le forum. Le XIIe siècle est le moment de son apogée. La Primatiale Saint-Trophime déjà remaniée au XIe siècle est reconstruite au XIIe siècle. Elle possède le plan caractéristique des édifices romans de Provence, avec une haute nef de cinq travées, voûtée en berceau brisé et flanquée d’étroits collatéraux, un transept très court dont la croisée est surmontée d’une coupole et une abside semi-circulaire. Inaugurée en 1152, elle accueillait les reliques de saint Trophime à côté de celles d’Etienne. Une robuste tour carrée servant de clocher et un portail somptueusement décoré compléteront cet ensemble entre 1152 et 1180. Enfin au milieu du XVe siècle, un long chevet gothique, avec déambulatoire et chapelles rayonnantes, remplaça le chœur roman. Eglise à reliques sur la route de Compostelle, Saint-Trophime a été “ornée comme une châsse”. Dans ce pays de dépouillement et d’équilibre classique, l’intensité de la décoration de son portail roman est exceptionnelle. Consacré à l’évocation du Jugement dernier, le portail est aussi un modèle de vie proposé au fidèle et une illustration des gloires de l’Eglise d’Arles.. Dans la seconde moitié du XIIe siècle, le chapitre d’Arles entreprend la construction des bâtiments conventuels organisés autour du cloître. La galerie nord, décorée vers 1160 par deux sculpteurs de génie, est une longue méditation sur la Résurrection ; la galerie est, un peu plus tardive, insiste sur les thèmes de la divinité du Christ. Les galeries sud et ouest, de style gothique, datent du milieu du XIVe siècle.

 


En 1497, on agrandit la place située devant Saint-Trophime. Quelques années plus tard, les grandes familles reconstruisent leurs demeures. Ce sont les hôtels de Varadier Saint-Andiol, Arlatan, Laval-Castellane qui traduisent leur goût pour la monumentalité et la magnificence : régularité dans le traitement des façades, ampleur de la cour et traits d’italianisme, rares en Provence. Au tournant des années 1550, la prospérité s’installe en Arles : la ville se pare d’un nouveau beffroi (1543-1553) et de nombreuses maisons. L’aristocratie amorce un repli au cœur du centre historique où s’édifient des demeures somptueuses par la qualité, la variété et l’opulence du décor architectural et pittoresque.

 


Le début du XVIIe siècle voit apparaître une intense activité architecturale du fait de la classe dirigeante et du clergé qui, dans l’élan de la Contre-Réforme, multiplie ses fondations et modernise les édifices déjà existants. La venue de Louis XIII, en 1622, n’est pas étrangère à cette volonté de renouveau. Les arlésiens se replongent dans les traités d’architecture et de décoration pour composer l’entrée royale et découvrent un nouveau répertoire qu’ils utilisent dans leurs constructions. Ce maniérisme se répand sur les façades des demeures nobles de la rue Royale. Jusqu’aux années 1650-1660, la demeure aristocratique évolue vers une facture plus classique, sa façade sur rue se dilate en hauteur, le décor devient plus simple, plus nerveux : l’hôtel de Castillon marque bien ce passage à la période baroque de la seconde moitié du dix-septième siècle. La chapelle des Jésuites est édifiée en 1654. La fin du siècle et le début du suivant font un accueil favorable aux modèles du classicisme parisien comme à l’Hôtel de Ville (1675). Les hôtels de style rocaille, comme l’hôtel de Courtois (sous-Préfecture) précèdent les grands hôtels du milieu du XVIIIe siècle, à la parisienne (hôtel Quiqueran de Beaujeu, hôtel du Roure). Sous le règne de Louis XVI apparaissent le vaste hôtel très sévère de la famille de Lagoy, celui des Antonelle, rue de la Roquette, ou l’hôtel Barrème de Manville. La construction publique est illustrée par la Grande Boucherie (1724), la Grande Poissonnerie (1728), la maison consulaire (1731) sur la place du Forum. Les abbés de Montmajour s’installent dans le Bourg Neuf, les Jésuites ouvrent leur collège sur la rue Royale par une monumentale façade bien parisienne. Entre 1790 et 1791, on bâtit le monumental Cercle de la Rotonde, très bel et étonnant édifice, inspiré des œuvres de l’architecte néoclassique Claude-Nicolas Ledoux.

 


L’aristocratie s’affirme dans une somptueuse demeure, l'hôtel du Baron de Chartrouse, ce maire qui entreprend en 1824 le dégagement des Arènes et remet en valeur le patrimoine bâti. Vieille ville portuaire, Arles perd son monopole de la navigation sur le Bas-Rhône, les chemins de fer dès 1848, et Saint-Louis à partir de 1882, lui retirent toute son importance passée. La Roquette se vide de ses marins qui représentaient avec leurs familles près du tiers de la population de la ville. Mais la ville trouve un second souffle dans l’industrie. Dès 1848, des ateliers recouvrent les Alyscamps et attirent une nouvelle population. Un peu plus tard, des ateliers de construction navale apparaissent à Barriol, des dragues fabriquées à Arles sont livrées dans le monde entier. La population rurale, qui constituait encore 40 % des habitants de la ville vers 1850, quitte la cité. En moins d’un demi siècle Arles devient une ville ouvrière. De nouveaux bâtiments à usage collectif apparaissent : poste, écoles, théâtre, magasins. Le Second Empire réalise quelques percées comme la rue Gambetta et la rue Jean Jaurès. Le décor architectural, néoclassique au début du XIXe siècle, devient plus éclectique après 1850.

 


Dans les années 1910-1930, le quartier de Chabourlet voit la construction de villas individuelles au riche décor “Art-Déco”. Après la seconde guerre mondiale, Arles connaît la période de la reconstruction avec les architectes Vago et Van Migom (années 1950). De nouveaux quartiers de logements HLM se créent : Trébon (1960), Griffeuille (1965), Barriol (1970). D’autres bâtiments publics voient le jour : PTT, parking, piscines municipales etc. Le Musée de l’Arles Antique, conçu par l’architecte Henri Ciriani, marque l’ouverture d’Arles à l’architecture contemporaine (1995).
Photos