Du Moyen Age, la ville a gardé une fondation charitable, l’hospice Comtesse fondé en 1237 sous le règne des comtes de Flandres. L’immense salle des Malades (XVe siècle) est couverte d’un berceau brisé en bois, prolongée d’une chapelle (XVIIe siècle). Dans l’aile de la communauté (XVe siècle), aménagée en musée, sont exposés un mobilier flamand remarquable et de nombreux tableaux d’école flamande et hollandaise. Au palais Rihour (XVe siècle), unique témoin architectural conservé du règne des ducs de Bourgogne à Lille, subsistent la chapelle à deux niveaux, une tour octogonale qui renferme un escalier en vis et l’escalier d’honneur. L’ensemble est de style gothique flamboyant. Deux églises, Sainte-Catherine (fin XVe siècle) et Saint-Maurice (XIVe et XVe siècles) sont des "hallekerques" ou églises halles. De l’enceinte médiévale a survécu "la Noble Tour" (XVe siècle), la plus haute des 65 tours et portes existantes.

 


L’aspect de la ville reste modeste avec une architecture plutôt rudimentaire où demeurent tisserands, commerçants et artisans. Les Nouvelles Boucheries (1550) et la halle Echevinale (1593) sur la Grand’Place ont disparu, l’une pour laisser construire dans les mêmes volumes, la Grande-Garde (1717), l’autre pour permettre le percement des rues à la fin du XIXe siècle. Seul, l’hôtel Beaurepaire (1572), 6, rue Saint-Etienne offre encore ses vestiges. Cet ancien refuge des templiers présente une façade à portique sur deux niveaux. La finesse de l’ornementation (génies minuscules, médaillons sertissant des rosaces, rinceaux feuillus aux arabesques contournées, colonnes en forme de candélabre) rattache l’ensemble à la Renaissance française.

 


Les constructions du XVIIe siècle transforment la ville dans les domaines militaire, civil, religieux et monumental. La Vieille Bourse (1653), composée de vingt-quatre maisons identiques, entourant un cloître, est l’exemple type de la construction de la première moitié du XVIIe siècle. L’influence d’artistes anversois et bruxellois s’exprime dans l’ornementation et l’opulence du décor maniériste. Il faut attendre la conquête française et le rattachement de Lille à la France (1668) pour voir la diffusion de l’architecture classique. La citadelle (1667-1670), chef d’œuvre de Vauban, forme une étoile à cinq branches et dissimule derrière ses remparts, bastions et portes majestueuses, arsenal, église, pavillons et bâtiments utilitaires. Le nouveau quartier royal est bordé d’hôtels entre cour et jardin et, sur la Grand’Place, pour surveiller la population, se déploie la Grande-Garde (1717). La porte de Paris, véritable arc de triomphe, juxtapose le fort du Réduit et sa chapelle. L’imposante façade de l’Hospice Général (1739) s’inspire des Invalides à Paris. Autre caractéristique de la ville, ses nombreux rangs de maisons, élevés entre 1670 et 1730. D’une très grande unité de style, ils répètent le même décor. Elevés sur deux ou trois niveaux, très étroits (héritage du Moyen Age), ils concentrent une profusion de sculptures dans les parties hautes. Des trois églises classiques, Sainte-Marie-Madeleine se différencie par un plan centré, coiffé d’un dôme. Michel Lequeux élève à la fin du XVIIIe siècle d’admirables édifices néoclassiques: hôtel Petitpas-de-Walle, hôtel d’Avelin (actuel rectorat) et hôtel de Wambrechies (actuel évêché).

 


Une croissance urbaine sans précédent caractérise la seconde moitié du XIXe siècle, entraînée par le puissant développement industriel. Les remparts démantelés se transforment en larges boulevards bordés de grands hôtels de maîtres où alternent façades néoclassiques, néogothiques, néo-Renaissance. L’éclectisme devient le maître mot. Vitraux, bow-windows, briques vernissées, lave émaillée, fonte et polychromie chassent uniformité et répétition. Les facultés catholiques cherchent des analogies avec les universités anglaises de style gothique, entrecoupées d’espaces verts, tandis que les universités d’Etat, dans le nouveau quartier latin, ressemblent à des temples grecs. Les usines de textile poussent comme des châteaux forts, flanquées de tours massives crénelées qui peuvent servir de réservoirs d’eau pour filer le lin. Autour de la gare naissent les immeubles de rapport coiffés de dômes à l’image des immeubles parisiens. Le jardin Vauban, conçu à l’anglaise, donne à la ville l’espace vert qui lui manquait. Place de la République, le musée des Beaux-Arts accueille les collections de riches donateurs (Wicar), tout comme le musée d’Histoire Naturelle où d’importantes collections ethnographiques et géologiques prennent place dans une architecture de type Baltard. Hector Guimard construit à la demande du céramiste Coilliot en 1898 un "magazin-affiche", seul véritable exemple d’Art nouveau à Lille.

 


La reconstruction, après la première guerre mondiale, se fait surtout dans le style art déco. Deux exemples parmi tant d’autres: la façade ornée de mosaïques du restaurant "A L’Huitrière" (1928) et l’hôtel de ville (1925-32), construit en brique et béton armé, dont l’aspect extérieur reprend le rythme des rangs de maisons anciennes aux pignons triangulaires. A la fin des années 80, la ville fait appel à l’urbaniste hollandais Rem Koolhaas pour réaliser l’aménagement de la zone des gares sur un espace de 50 hectares. Cette nouvelle extension du centre-ville s’organise avec l’aide de trois grands architectes: Jean Nouvel pour le centre Euralille, Christian de Portzamparc pour la tour du Crédit Lyonnais et Claude Vasconi pour la tour Lille-Europe. Rem Koolhaas crée le palais des Congrès en forme d’ellipse qui alterne verre et matériaux bruts.
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