Laissez-vous conter Dinard




de siècle en siècle


Préhistoire et Antiquité

Les traces d'occupation les plus anciennes de la région de Dinard, découvertes à proximité du barrage de la Rance, remontent au Paléolithique Moyen avec des outils et des témoignages d'habitations datant des environs de 120 000 avant J-C.
Durant le Néolithique, on note la présence de sociétés commerçantes et métallurgiques grâce à un outillage lithique abondant et quelques tumulus (tertres funéraires).
A l'âge du fer, la région de Dinard fait partie du "Pou Dubro", nom celte désignant le "pays de l'eau" (entre Rance et Manche).
A partir de 52 avant J-C, la région est romanisée mais jouit d'un statut spécial avec une relative autonomie. La construction des voix romaines permet un accès plus rapide aux autres cités environnantes telles Condate (Rennes). Ainsi, les échanges commerciaux s'intensifient comme en témoignent les découvertes de monnaies.
Sous le Bas Empire, le christianisme pénètre la région et les hordes de barbares menacent l’unité romaine.


Le Moyen-âge

Au VIIIe siècle, l’hégémonie franque s’exerce sur toute l’Armorique, la région est saccagée, les églises et abbayes pillées et incendiées. Après les " invasions barbares ", le cataclysme de 709, véritable tremblement de terre assorti d'un raz-de-marée, qui fut qualifié de véritable déluge par les chroniqueurs, modifie profondément la topographie de la région. Dinard, avant au milieu des terres, se retrouve désormais sur la côte.


Le IXe siècle est marqué par les incursions Vikings jusqu'en 939. La région est ensuite divisée selon les principes féodaux et le siège du fief de la Vicomté du Poudouvre, fondé au milieu du XIe siècle s’installe à Dinard. Un château fort est alors construit à la Vicomté. Des vestiges de cette forteresse (motte seigneuriale, fossés, bases de tours et murailles) ont été retrouvés ainsi que de nombreux tessons de poterie de cette époque.
Pendant toute la seconde moitié du XIe siècle, la Vicomté prospère sous la suzeraineté des ducs de Bretagne de la Maison de Rennes puis de Cornouaille. Elle profite de l'essor maritime et du développement du port d'Alet qui fournit des emplois de marins. En 1091, un tremblement de terre et une épidémie de lèpre ravivée par les croisades ralentissent la croissance. Une léproserie est fondée en 1126 dans le quartier du Prieuré et prend le nom d’hôpital Bechet.


Au milieu du XIIe siècle, le roi d'Angleterre envahit la région et exerce des représailles contre les insurgés qui s'étaient rebellés contre le gouvernement d'Henri II Plantagenêt. Le château de la Vicomté et le village de Saint-Enogat sont incendiés et détruits. Le région est soumise aux Anglais.
Au début du XIIIe siècle, Marguerite de Dinan hérite de la Vicomté du Poudouvre et par son mariage, la seigneurie de Saint-Enogat passe aux Montfort. Deux seigneurs de Montfort, Geoffroy et Olivier, créent un Prieuré à l’emplacement de l’ancienne léproserie et l’offrent aux Trinitaires. Les gisants des deux frères, ornés aux armes de leur famille, sont toujours visibles.

Au temps des ducs de Bretagne

En 1324, Jeanne de Montfort épouse Pierre du Guesclin. Son fils Pierre II du Guesclin est reconnu duc de Bretagne sous le nom de Jean IV mais la fronde des seigneurs locaux l’incite à s’exiler en Angleterre. En juin 1378, les Anglais assiègent Saint-Malo et ravagent les paroisses voisines. Le roi de France ayant manifesté son intention d’envahir la Bretagne, un revirement s’opère au sein des seigneurs bretons qui organisent une résistance face au roi et on demande à Jean IV de regagner la Bretagne. Le 3 août 1379, il débarque triomphalement à Dinard.


La Renaissance
De François Ier à Henri IV

Le village de Saint-Enogat, aujourd'hui quartier de la ville, rejoint le royaume de France par l'acte d'union de la Bretagne à la France en 1532. Les activités principales des habitants restent l'agriculture (lin, chanvre, sarrasin) et la pêche côtière. La Bretagne possède alors la première flotte d'Europe et Saint-Malo est le premier port commercial de France. La pêche hauturière commence à se développer, on va chercher la morue au large de l'Islande et de Terre Neuve. Le territoire de la paroisse de Saint-Enogat voit s'ériger quelques manoirs qui attestent de l'enracinement local de la petite noblesse.
Ainsi, on peut encore trouver le manoir de la Vicomté, le manoir de l'Isle Celée, le manoir de la Baronnais, le manoir du Val Porée et le manoir dit château du Prince Noir.


Sous les Bourbons

Cette période est marquée par les épidémies de lèpre et la disette. D'autres manoirs sont cependant construits ou reconstruits. En 1691, le littoral est mis en état de défense et le roi fait construire à ses frais une batterie défensive ainsi qu’un magasin à poudre sur la pointe du Moulinet.


C'est l'époque où Vauban vient inspecter la défense de la région. Dans son projet de 1696, il préconise de nouvelles constructions de défense à Saint-Enogat et à la Vicomté. Bien qu'approuvé par Louis XIV, ce projet n'a jamais été réalisé, seules les défenses existantes sont consolidées.
Après la paix d'Augsbourg en 1704, le calme s'établit dans la région avant les nouveaux conflits contre l'Angleterre qui rythment tout le XVIIIe siècle.


Le XVIIIe siècle

Durant la période révolutionnaire, Dinard est encore un petit village de pêcheurs, rattaché à la commune de Saint-Enogat. Dinard et sa cale sont un point de passage obligé vers Saint-Malo. La population de Saint-Enogat se compose de marins embarqués sur les vaisseaux royaux, de navigateurs au long court, de pêcheurs terre neuvas, d’agriculteurs et d’éleveurs. L’industrie des fours à chaux et la meunerie se développent. La paroisse est alors l’une des plus riches du pays de la Rance.
Dès l'automne 1789, cette région, terre de foi profonde, s'oppose vigoureusement au nouveau régime et notamment à la constitution civile du clergé : c'est l'époque de la chouannerie bretonne. Les insurgés se rassemblaient à l'appel de la noblesse locale pour mener des opérations ponctuelles. On parle encore de la "conspiration de Dinard" qui visait à s'emparer de Saint-Malo pour livrer le port aux anglais. Le manoir de la Baronnais devint une véritable plaque tournante de l ‘émigration et de nombreux autres manoirs servirent de relais aux agents de renseignements venant d’Angleterre.


Le XIXe siècle

A la fin de la Seconde République, Dinard est encore un village à la périphérie de Saint-Enogat mais ses attraits climatiques et ses paysages côtiers variés favorisent l'émergence du tourisme. La plage, espace naturel peu fréquenté par les populations locales, connaît au milieu du XIXe siècle, une mutation profonde de ses activités. Considérée comme un milieu exclusivement laborieux, elle accueille à Dinard en 1859, un établissement de bains qui la transforme en un espace de divertissement et de loisirs.


Les premiers bains de mer

La mode des bains de mer, introduite en France à la fin du XVIIIe siècle, suscite un engouement bien naturel pour la Bretagne où les premiers établissements de bains apparaissent vers 1830. A Dinard, l’établissement de bains d’Edouard Gros, maître nageur de Saint-Malo, est fondé en 1859. C’est un édifice rudimentaire, qualifié de « cabane fixe » équipé d’un fourneau et de quelques cabines roulantes tractées par des chevaux.


Les estivants peuvent également consulter les « guides baigneurs » qui classifient les plages et les divisent en zones à l’usage codifié (zones de baignade des hommes et des femmes, zones de jeux ou de distractions mondaines…). Ainsi, à Dinard en 1866, la plage de l’Écluse est la plage de l’aristocratie, avec le luxe de ses constructions et les activités incessantes de sa clientèle fortunée. A contrario, la plage du Prieuré, est décrite comme plus modeste et familiale. Dans une station balnéaire, l’ouverture d’un établissement de bains participe donc au processus d’appropriation du rivage défini par des usages thérapeutiques et récréatifs. L’établissement de bain construit sur la plage est à ce titre souvent associé à un casino. La mode du bain deviendra peu à peu une véritable pratique sociale au détriment de sa fonction thérapeutique première.


Les Anglais, premiers découvreurs de la station

La présence des Anglais à Dinard constitue une originalité par le rôle joué par cette communauté dans l’invention et le développement du Dinard balnéaire. Une plaque commémorative, située sur la promenade des Alliés, mentionne leur arrivée en 1836, date d’installation du nouvel embarcadère à l’anse du Bec de la Vallée. Vers 1840, le consul Anglais, Alpyn Thomson, fait partie de ces premiers découvreurs amoureux du site. Dix ans plus tard, il est suivi par les Sedgwich, les Monteith et les Faber, pionniers qui feront partager les beautés du site à leurs amis anglo-saxons installés à Dinan ou à Avranches.


Les Anglais se retrouvent à l’église anglicane ou dans les clubs anglais de la ville. Les activités sportives pratiquées dans des clubs fermés (le tennis, le golf ou le yachting) deviendront les « emblèmes » de la villégiature balnéaire. Le goût anglais est également très présent dans les constructions. L’influence anglo-saxonne se lit dans la structure même des édifices, dans leur pratique et leur rapport à l’environnement. La mode anglaise « more glass than wall » (plus de verre que de mur) a généré l’ouverture de nombreux bow-windows dans les villas de la fin du XIXe siècle. L’influence britannique se lit aussi dans les parcs aménagés par des paysagistes anglais comme celui de la villa Castelmond. A l’intérieur des châteaux de bord de mer, de grands halls sont traités à l’anglaise (villa La Garde, château des Deux-Rives) et s’inspirent des grandes demeures britanniques. Mais l’empreinte anglaise est aussi visible dans les pratiques collectives d’hébergement que l’on retrouve dans les appartements des villas Miramar et Castelmar, véritables maisons à l’anglaise.


Les « lanceurs de plages » ou le temps des financiers

Aux peuplements établis au gré des initiatives privées des « premiers villégiateurs » s ‘ajoute à la fin du XIXe siècle, une nouvelle dimension urbaine. La station devient un espace construit, hiérarchisé par des voies publiques et des édifices structurants (Grand Hôtel, casinos, établissement de bains, commerces…). Les voies de circulation, souvent créées ex-nihilo, permettent de relier les premiers secteurs de la villégiature à une gare ou une halte de tramway et de désenclaver ainsi les sites de bains.
A Dinard, en 1856, le projet d’alignement des rues de Dinard conçu par Eugène Lacroix fait disparaître les chemins étroits au profit de voies rectilignes et hiérarchisées.


Les artères ignorent souvent les courbes de niveaux et de marée au bord de la grève. Seule la perspective sur la mer est prise en compte. L’application du modèle « Haussmannien » par le préfet Féart apportera aussi son lot d’inadaptations dans le site balnéaire encore embryonnaire. Mais ces amorces d’aménagements urbains contribuent à la structuration de la station et entraînent la convoitise d’investisseurs immobiliers, les « lanceurs de plage ». Ces spéculateurs se lancent dans la promotion immobilière à grande échelle et attirent les personnages de la haute bourgeoisie parisienne dans les stations balnéaires.
Le Comte Rochaïd Dahdah, riche libanais, mettra sa fortune au service de l’aménagement de Dinard. Dès son arrivée en 1873, il organise la voirie et fait ouvrir un ensemble de rues qui forment aujourd’hui le quartier commerçant de Dinard. Il construit des villas, améliore le service de bateau entre Dinard et Saint-Malo, installe une halle dans le quartier de la Vallée et sera à l’origine de la première gare de Dinard.
Un autre personnage important, l’éditeur Albert Lacroix, sera à l’origine d’un lotissement construit sur les falaises qui surplombent la plage de Saint-Enogat : « Les villas de la mer ». Dans une démarche non spéculative, il veut favoriser le groupement des artistes et de l’intelligentsia de l’époque dans un site calme, propice à la créativité et à la méditation. Il complètera cet ensemble par la construction d’hôtels, de commerces, de cabines de plage...
Dès 1859, Dinard la balnéaire fait son entrée dans la littérature touristique, on y vante sa situation entre Rance et Manche et son climat doux. L'ancienne paroisse de Saint-Enogat est déplacée dans l'anse du Prieuré et un nouveau quartier est déjà pressenti autour de la plage de l'Écluse. Un premier casino en bois est construit en 1866. C'est à partir de 1873 que de nombreux rentiers et étrangers font édifier des demeures aussi extravagantes que monumentales.
L'apogée est atteinte entre 1875 et 1885 : les habitations, les hôtels fleurissent dans tous les quartiers ainsi que des équipements touristiques avec le nouveau casino, les tennis, le champ de courses et surtout la gare qui contribue à l'essor de la ville. Dinard devient le lieu de ralliement de la haute société nationale et internationale. On vante ses charmes sur les affiches, dans la presse, dans les guides touristiques, dans les salons mondains : " Dinard la Belle, la douce, la reine des plages, la Monaco des étrangers, la perle de la côte d'Émeraude, la Nice du Nord, la plage la plus aristocratique de France…". L'estuaire de la Rance est même présenté comme le Bosphore de l'Occident ! Les superlatifs fleurissent à propos de cette station considérée comme la première station balnéaire de France.
A la fin du XIXe siècle, grâce à l'afflux de touristes aisés, Dinard est une des villes les plus modernes de France et parmi les mieux dotées en équipements (eau courante dès 1888, ouverture d'un hôpital en 1891, premières lignes téléphoniques en 1898, électricité en 1902). Jusqu'à la crise de 1929, la ville accueille les personnalités des familles royales européennes ou du monde politique ainsi que des artistes et écrivains.


C'est un lieu de rencontre de l'Intelligentsia (Michelet, Renan, Debussy, Jules Verne, Lawrence d'Arabie, Churchill, Félix Faure, Judith Gautier, Yamamoto et plus tard Foujita et Picasso …).


Le XXe siècle
Les années folles

Pendant la première Guerre Mondiale, les hôtels de Dinard remplissent la fonction d'hôpital complémentaire des armées. Le faste d'avant guerre reprend ensuite pour satisfaire la foule venant pour la saison. La splendeur du site préservé des bombardements, sa modernité et son dynamisme attire de plus en plus d'estivants. Digues, promenades et piscines ouvertes sur la plage sont construites dans les années 1920-1930. On élabore un grand projet d'urbanisme pour le quartier de la Vicomté. On espère une reconquête des habitants fortunés. Le projet est considérable, on veut construire un "lotissement paysager" composé de villas, d’un grand hôtel, d'un casino, d'un centre commercial, d’un parcours paysager… mais l'essoufflement financier arrive vite et ce projet utopique ne voit pas le jour.


Les années 1930

La crise de 1929, marque un coup d'arrêt aux années d'euphorie. La Seconde Guerre Mondiale et les années d'austérité qui s'ensuivient confirmèrent ce déclin même si les congés payés, la promotion du sport et le culte du corps du Front Populaire ont permis la démocratisation de la station.
Le renouveau s'opère dans les années 1960. La ville s'affirme par ses caractéristiques urbaines et ses infrastructures afin de palier aux difficultés d'une économie saisonnière. Les grands équipements tel que le barrage de la Rance, inauguré par De Gaulle en 1966, relance la modernité.


Le Dinard du XXIe siècle

La municipalité dinardaise a toujours misé sur l’essor du tourisme qui contribue au développement de la commune. Ce ne sont plus seulement les riches familles d’autrefois qui constituent la population estivale. S’appuyant sur son patrimoine local, elle a axé sa communication sur l’aspect patrimonial de la ville pour renforcer son attractivité.

Dinard bénéficie du label ville d’art et d’histoire depuis 2002. Elle a souhaité mettre en avant son histoire, son patrimoine et sa politique culturelle très active.
De plus, une ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) a été mise en place et témoigne d’une volonté de protection forte. Aujourd’hui plus de 400 villas sont protégées grâce à cette zone.